Pourquoi y a-t-il des individus qui ne veulent pas être logés?

Université York; Observatoire canadien sur l'itinérance/Rond-Point de l'itinérance
Avril 04, 2016

Cette question nous parvient de Ashley L. par l'intermédiaire du dernier sondage sur notre site web.

D'après notre dernier rapport, parmi les plus de 235 000 Canadiens qui connaissent l'itinérance au courant d'une année, environ 5 000 ne sont pas hébergés (vivant dans la rue). On se demande, alors qu'il y a tant de services à leur disposition, pourquoi certaines personnes itinérantes choisiraient de rester sans abri?

Les raisons de l'itinérance des individus sont multiples et compliquées. Avec les facteurs individuels/relationnels, les facteurs structuraux et les échecs du système, l'itinérance n'est généralement pas un choix – malgré que bon nombre de gens pensent que c'est le cas. Lorsque l'on pense à l'itinérance en tant que choix, il est important de reconnaître quelles autres options s'offrent aux individus, et quelles ont été leurs expériences. Si l'itinérance est une option et ne relève pas de la nécessité, quelles sont les autres options qui s'offrent?

James from Money Changes You Il est aussi important de reconnaître que certaines personnes se sentent moins en sécurité lorsqu'elles sont logées que lorsqu'elles sont sans abri. Certains ont peut-être connu la violence et/ou la violence sexuelle dans leur domicile et ont grandi en se sentant piégés. Certains ont perdu leur emploi et vivent dans la pauvreté depuis longtemps – sans système de soutien solide et une un manque de logements abordables, un individu peut devenir sans abri en raison d'un seul épisode de chômage. Certains vivent la violence et le conflit et n'ont nulle part où aller. Pour d'autres, être sans abri leur donne un sentiment de liberté. James (dans la photo à droite), un participant qui vit l'itinérance dans le film Money Changes You , a affirmé :

«Je préfère retourner à la rue parce que je comprends mieux la rue que la vie à l'intérieur. En vivant à l'extérieur, on est entièrement libre. On est indépendant et la vie est ce qu'on en fait, de jour en jour, tout seul, et c'est plus honnête et honorable. Une fois qu'on vit à l'intérieur, on commence à avoir tous les syndromes de la société industrielle moderne. En vivant à l'intérieur, on devient tout de suite plus faible.»

Un autre facteur est l’état médiocre des refuges d’urgence, la réponse la plus courante à l’itinérance en Amérique du Nord. De nombreux refuges sont surpeuplés et manquent de personnel. Comme nous l’a dit Lauren Gostick, une travailleuse sociale de première ligne dans le numéro de janvier de NOW :

«De façon générale, le système des refuges est vieux et défaillant. On vous balance dans un grand groupe de personnes qui sont tous dans un état immédiat de crise aigüe. Une personne peut avoir des problèmes de santé mentale extrêmes, une autre peut être affligée de problèmes de toxicomanie, et une autre peut fumer du crack dans le lit juste à côté du vôtre. C’est la loi du plus fort qui règne.»

En d’autres termes, pour les personnes qui sont touchées de maladies mentales et/ou qui ont des toxicomanies, les refuges peuvent être un environnement encore moins favorable que la rue. Souvent, les refuges n’offrent pas les services requis et ne sont pas équipés pour répondre aux besoins des personnes plus âgées, les personnes handicapées et les personnes marginalisées. Par exemple, les jeunes LGTBTQ2 sont surreprésentés dans la population des sans-abri, car bon nombre d’entre eux fuient des familles qui ne les acceptent pas. Lorsqu’ils sont à la recherche d’un refuge, on estime qu’on refuse l’accès à un jeune transgenre sur 3 .

Quelles que soient les autres «options» que vivent les personnes sans abri, rester sans logement n’est certainement pas le choix idéal – c’est un choix qu’ils estiment qu’ils doivent faire parce que c’est la meilleure option pour eux à ce moment-là. Selon Christine Schanes : «… un choix parmi deux ou plusieurs options n’est une option réelle que lorsque les conséquences des choix sont égales ou presque égales. Le choix entre vivre dans un logement ou vivre dans la rue est un choix inégal car ses conséquences sont inégales.»

Ce billet fait partie de notre série «Demandez au Rond-point». Avez-vous une question reliée à l'itinérance? Envoyez-nous un courriel à thehub@edu.yorku.ca et nous vous donnerons une réponse basée sur les recherches.

Photo de Money Changes You

Emma Woolley est une étudiante de premier cycle dans le programme de travail social de l'Université York et possède une expérience dans la publication et les communications numériques. Son intérêt dans les logements abordables et l'itinérance, les approches progressives, et les soins de santé mentale et la justice sociale, l'a menée à travailler pour le Rond-point de l'itinérance. Emma est une rédactrice indépendante dont les nombreux travaux ont été publiés. Une grande partie de son travail est axé sur des questions d'égalité des genres au sein de la culture numérique et de la technologie.

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