Université York; Observatoire canadien sur l'itinérance/Rond-Point de l'itinérance
Février 01, 2016
Onglets: santé

Cette question nous parvient de Sara par l'intermédiaire du dernier sondage sur notre site web.

Au cours des dix dernières années, beaucoup de recherches ont été dédiées à l'exploration de la relation entre la santé et l'itinérance . Cette relation va dans les deux sens : la pauvreté et/ou l'itinérance peuvent entraîner des problèmes de santé, et les problèmes de santé peuvent entraîner la pauvreté et l'itinérance. Les personnes qui vivent l'itinérance sont sujettes aux mêmes problèmes que les personnes qui ne la vivent pas, mais leurs conditions de vie les empêchent de traiter ces problèmes et d'y faire face de manière efficace.

Dans une étude , plus de 8 personnes sur 10 (85 %) vivant l'itinérance ont signalé qu'elles souffraient d'une maladie chronique. Ce ne sont pas juste les personnes de la rue qui sont affectées : une étude à long terme menée dans plusieurs villes canadiennes a déterminé que lorsqu'on est hébergé de façon précaire, la santé en souffre.

Malgré qu'il n'y ait pas de statistiques concrètes sur la santé des populations itinérantes du Canada, nous savons que certaines maladies sont plus communes chez les sans-abri que chez le reste de la population. L'article du Dr Stephen W. Hwang, Homelessness and health , présente un aperçu détaillé de celles-ci, et je ne ferai ici qu'un un résumé des dix maladies les plus communes :

Questions de santé physique ─ les personnes qui sont mal logées font face aux mêmes problèmes graves de santé et aux mêmes dangers d'agression que les personnes sans abri. 1. Mortalité et blessures involontaires (hématomes, coupures, brûlures, etc.)

Les personnes qui connaissent l'itinérance courent des risques de décès considérablement plus élevés. Dans notre section sur la mortalité : «Les blessures accidentelles sont une cause principale de morbidité et de mortalité, surtout chez les hommes. Les blessures sont souvent causées par des chutes ou des accidents impliquant un véhicule. Les décès causés par une surdose accidentelle de drogues ou d’alcool sont aussi courants. L’exposition aux éléments présente un grand risque. Par temps froid, le risque de gelures et d’hypothermie est élevé et les décès causés par le grand froid ne sont pas inconnus. Par temps chaud les sans-abri sont exposés aux coups de soleil graves et aux coups de chaleur.» Les suicides sont également courants chez les sans-abri.

La violence est un autre facteur de mortalité et de blessures. Une étude effectuée à Toronto a constaté que durant l'année écoulée, 40 % des personnes qui étaient sans abri avaient été agressées et 20 % des femmes sans abri avaient été violées. Une autre étude dans la même ville a révélé que les hommes sans abri étaient environ neuf fois plus susceptibles d'être assassinés que les hommes logés.

Les conditions difficiles de l'itinérance entraînent souvent des blessures graves ou le décès. En janvier dernier , un homme sans abri est mort dans un incendie dans son refuge de fortune dans lequel il essayait de se tenir au chaud.

2. Troubles musculo-squelettiques et douleurs chroniques

Les troubles qui affectent les articulations, les ligaments et les tendons (comme l'arthrite) sont communs parmi les gens qui connaissent l'itinérance. Un étude sur la gestion des douleurs chroniques parmi les sans-abri a révélé que le traitement est un défi en raison des conditions de vie stressantes dans la rue ou dans les refuges, l'incapacité de pouvoir se permettre des médicaments sur ordonnance, et des conditions pitoyables pour dormir. Certains refusent d'aller voir un médecin pour leurs douleurs en raison de la façon dont ils ont été traités auparavant, et certains utilisent de la drogue ou de l'alcool pour gérer la douleur car leurs antécédents de rendez-vous manqués ou leur utilisation de drogues font que les docteurs ne sont pas capables de leur prescrire des médicaments en vente libre. Par conséquent, la douleur chronique n'est souvent pas traitée chez les sans-abri.

3. Faim et alimentation

Dans un pays développé comme le Canada, il est difficile de reconnaître que la faim est un problème. Cependant, selon la Ontario Association of Food Banks , en 2014, le nombre de ménages en Ontario qui ont visité une banque alimentaire a augmenté de 20 %. Une mauvaise nutrition peut contribuer à une multitude de maladies chroniques à long terme, et à des problèmes tels la fatigue et la faiblesse à court terme.

4. Problèmes de peau et de pieds

Les personnes qui connaissent l'itinérance sont souvent à l'extérieur pendant de longues périodes, souvent dans des chaussures qui ne leur vont pas et des bas troués. Tel que le fait remarquer le docteur Hwang : «Des problèmes de pieds tels l'onychomycose, le tinea pedis, les callosités et le pied d'immersion sont généralement dus à des chaussures inadéquates, une exposition prolongée à l'humidité, de longues périodes de marche ou en position debout, et des traumatismes mineurs et répétés.»

De plus, d'après les recherches du docteur Hwang : «Les personnes qui vivent à la rue sont particulièrement vulnérables aux maladies de la peau, telles la cellulite, l'impétigo, la stase veineuse, la gale et les poux.» Étant donné qu'il leur est difficile de se doucher souvent et de maintenir de bonnes pratiques d'hygiène, leurs conditions existantes sont souvent exacerbées.

5. Maladies infectieuses

Les personnes itinérantes sont vulnérables aux Les personnes itinérantes sont vulnérables aux telles l'hépatite A, B et C, la tuberculose et le VIH/sida en raison de systèmes immunitaires compromis, une alimentation et hygiène médiocres et la fréquentation de refuges surpeuplés.

De plus, certaines des activités des sans-abri, comme le sexe de survie et la consommation de drogues par injection augmente également le risque de propagation des maladies. Tout cela, combiné aux nombreux obstacles auxquels les sans-abri doivent faire face afin d'obtenir un traitement, fait qu'il est leur est difficile d'éviter les maladies infectieuses.

6. Problèmes dentaires

Des périodes prolongées d'itinérance ont souvent un impact néfaste sur la santé bucco-dentaire . Comme nous le dit Bruce B. Wallace , cela est dû au fait «qu'au Canada, les soins dentaires ne sont pas basés sur les besoins, mais sur la capacité de payer pour les soins.» L'incapacité d'avoir accès aux soins préventifs et restauratifs, combinée à une mauvaise hygiène, entraîne souvent la carie dentaire et d'autres problèmes de santé buccale.

7. Maladies respiratoires

La maladie pulmonaire obstructive chronique, l'emphysème, la bronchite et autres formes de maladies pulmonaires sont également communes parmi le personnes itinérantes.

8. Maladies et troubles chroniques

De nombreuses maladies et troubles chroniques, tels l'hypertension et le diabète, sont communs parmi les sans-abri.

L'itinérance a également été associée aux convulsions. Dans une étude de 2006 49,3 % de l'échantillon avait reçu le diagnostic d'épilepsie et 40,7 % le diagnostic de convulsions associées à l'alcool. Dans un groupe antérieur, d'autres facteurs tels le manque de sommeil, l'anxiété et le stress contribuaient également aux convulsions.

9. Soins sexuels et reproductifs

Ce domaine de la santé fait l'objet d'une base de recherche croissante , surtout parmi les jeunes qui sont les plus à risque. Les jeunes qui sont sans abri ont tendance à avoir davantage de partenaires sexuels et à un plus jeune âge, ce qui les rend plus à risque de contracter des maladies transmissibles sexuellement. Lorsqu'on est sans abri, les conditions de reproduction telles la grossesse sont encore plus stressantes, en raison d'une santé déjà compromise et du manque d'un de système de soutien.

10. Problèmes de santé mentale

Une grande partie de la population itinérante souffre de problèmes de santé mentale graves. Dans notre section sur la santé mentale : «En général, 30 à 35 pour cent des sans-abri, et spécifiquement jusqu'à 75 pour cent des femmes sans abri, ont reçu un diagnostic de maladie mentale. Entre 20 et 25 % des personnes sans abri souffrent de troubles concomitants (maladies mentales graves et toxicomanies). Les personnes touchées de maladies mentales graves sont surreprésentées dans la population des sans-abri, car elles quittent souvent les hôpitaux et les prisons sans recevoir les soutiens communautaires appropriés.»

Les taux de dépression sont plus élevés chez les sans-abri et «entre 22 et 46 % ont tenté de se suicider et jusqu'à 61 % ont des pensées suicidaires.»

Vous pouvez en apprendre davantage sur ces sujets et sur d'autres sujets relativement aux problèmes de santé des sans-abri dans < a href="http://www.homelesshub.ca/about-homelessness/topics/health">notre section sur la santé et sur notre blogue .

Ce billet fait partie de notre série «Demandez au Rond-point». Avez-vous une question reliée à l'itinérance? Envoyez-nous un courriel à thehub@edu.yorku.ca et nous vous donnerons une réponse basée sur les recherches.


Université York; Observatoire canadien sur l'itinérance/Rond-Point de l'itinérance
Janvier 04, 2016

Cette question nous vient de Joy par l'intermédiaire de notre dernier sondage sur le site web. Bien que sa question porte spécifiquement sur le divorce, je vais y répondre en donnant également des renseignements sur la rupture des relations en général, car tous les couples ne sont pas mariés légalement.

J'aimerais tellement pouvoir vous donner des statistiques. Mais en raison du caractère compliqué de l'itinérance et des décomptes inexacts des populations, nous ne possédons pas de chiffres fiables sur la façon dont le divorce, l'éclatement de la famille et la rupture des relations contribuent à l'itinérance.

Avalon Housing's triggers of homelessness graphic Selon Homeless Link et Crisis , la rupture des relations, que ce soit entre partenaires, membres de la famille, et/ou amis, est la première cause de la perte d'un hébergement. Avalon Housing, un organisme américain offrant des logements de soutien, estime que 10 % des ruptures de relations déclenchent l'itinérance (voir photo à droite). L'étude de Chamberlain et Guy sur les voies qui mènent à l'itinérance chez les adultes a déterminé que parmi les cinq «chemins principaux» qui mènent à l'itinérance, l'éclatement de la famille représentait 11 % des cas. Un rapport du Parlement du Canada classe également la rupture conjugale parmi les «facteurs de risque» clés d'itinérance, et cite l'analyse de Finnie qui a déterminé qu'après le divorce, 40 % des femmes se trouvent dans des circonstances économiques défavorables et sont trois fois plus susceptibles de vivre dans la pauvreté. Pour les femmes autochtones qui vivent sur les réserves, la rupture conjugale signifie souvent qu'un des conjoints (souvent accompagné des enfants) doit quitter la réserve , ce qui accroît le risque d'itinérance.

Des divorces ou ruptures soudaines sont souvent des événements traumatisants qui changent la vie et qui peuvent contribuer à l'itinérance de bien des façons : perte de revenu combiné, frais légaux, paiements additionnels, etc. Les hommes tant que les femmes sont affectés par la rupture des relations, mais ils décrivent leur expérience de différentes manières. Une étude canadienne a trouvé que les femmes affirmaient être sans abri en raison de circonstances sociales ou parce qu'elles fuyaient des relations néfastes ou violentes, tandis que les hommes disaient «s'éloigner» des situations. Dans près de la totalité des entrevues, les participants ont aussi mentionné des facteurs qui avaient contribué à leur itinérance qui n'étaient pas reliés aux relations.

Une population particulièrement vulnérable est la population des personnes plus âgées. Une étude canadienne sur les personnes plus âgées qui fréquentent les refuges pour sans-abri a trouvé que la rupture familiale est un facteur qui contribue d'avantage à l'itinérance chez les personnes de plus de 65 ans. Les femmes plus âgées qui sont séparées, veuves ou divorcées sont particulièrement vulnérables (voir l'article que j'ai déjà écrit à ce sujet ) en raison d'une variété de facteurs qui entraînent l'instabilité financière.

C'est également le cas en dehors de l'Amérique du Nord. Une étude menée en 2004 au Royaume-Uni a révélé que l'essor des divorces a entraîné davantage d'itinérance chez les personnes âgées de plus de 50 ans. Un reportage sur cette étude a déclaré que plus de 27 000 particuliers sont devenus sans abri directement en raison d'une rupture de relation, mais l'étude a aussi souligné d'autres raisons : des résultats d'investissements négatifs, des difficultés économiques, pour n'en nommer que quelques-unes.

Les ruptures familiales et relationnelles sont des facteurs importants qui ont une influence sur la perte d'un logement, mais il faut aussi tenir compte de la façon dont elles sont reliées aux autres causes de l'itinérance , telles les facteurs structuraux et les défaillances des systèmes.

Ce billet fait partie de notre série «Demandez au Rond-point». Avez-vous une question reliée à l'itinérance? Envoyez-nous un courriel à thehub@edu.yorku.ca et nous vous donnerons une réponse basée sur les recherches.

Photo : Avalon Housing

Décembre 10, 2015

Le 18 novembre, j’ai fait une présentation sur les défis en ce qui concerne « mettre fin à l’itinérance » au Canada au 7 Cities Leadership Summit à Edmonton. Ma présentation, illustrée de diapositives, peut être téléchargée ici.

Voici dix choses à savoir en tant que défis concernant « mettre fin à l’itinérance » au Canada.

  1. En 2008, Calgary est devenue la première municipalité canadienne à s’engager publiquement à mettre fin à l’itinérance.  Plus d’une douzaine d’autres municipalités canadiennes ont fait la même chose depuis lors; ainsi le maire de Medicine Hat a récemment affirmé que sa municipalité avait mis fin à l’itinérance.  De tels plans ont le potentiel de sensibiliser et de concentrer les efforts collectifs pour développer de nouvelles pratiques visant la fin de l’itinérance. Je pense que l’une des raisons pour lesquelles plusieurs villes en Alberta ont adopté de telles approches découle de l’utilisation réussie de campagnes de sensibilisation similaires aux États-Unis. Lors d’une conférence à Toronto en 2009, Nan Roman a déclaré: « En disant que le problème continuait, nous ne recevions pas de ressources. En nous concentrant sur des solutions, nous avons obtenu plus de ressources. » Autrement dit, en parlant positivement (et en démontrant des résultats positifs) on peut obtenir plus de ressources pour lutter contre l’itinérance; c’est là,  je pense, une raison importante qui a ammené de nombreux avocats au Canada à élaborer des stratégies pour mettre fin à l’itinérance.
  1. Les bons chercheurs doivent être prudents avant d’ attribuer le succès ou l’ échec, dans nos efforts pour mettre fin à l’itinérance,  uniquement à la stratégie respective de chaque communauté. « Cum hoc ergo propter hoc » est une expression courante dans la statistique.  Dans le contexte actuel, cela revient à dire que, si le nombre de sans-abri d’une municipalité diminue après la publication d’un plan pour mettre fin à l’itinérance, cette diminution ne doit pas être attribuée forcement au dit plan. De même, si le nombre des sans-abri d’une municipalité a diminué plus vite que celui d’une autre municipalité, cela ne veut pas nécessairement dire que la première municipalité a une meilleure stratégie contre l’itinérance. En effet, un large éventail d’autres facteurs sont en jeu ici, y compris la disponibilité de logements locatifs, la migration et le chômage.
  1. En ce qui concerne mettre fin à l’itinérance à travers le Canada, l’Alberta est généralement considérée comme étant la province de premier plan. En 2009, l’Alberta est devenue la première province canadienne à s’engager à mettre fin à l’itinérance, créant une agence de gouvernement pour élaborer et suivre un plan provincial pour mettre fin à l’itinérance avant 2019. Le plan comprend les éléments suivants: i) l’élaboration de normes mesurables (aidé par des plans municipaux pour mettre fin à l’itinérance); ii) la mise en place d’un système de gestion de l’information; iii) la surveillance continue des résultats; iv) la mise à disposition de logements plus favorables (c-à-d, un arrangement qui combine des logements subventionnés et le soutien du travail social aux locataires); et v) des mesures pour empêcher les systèmes provinciaux (c-à-d, le système de santé publique; de justice et de protection de l’enfance) de rejeter leurs clients dans l’itinérance (ASAH, 2008, p. 12). Un rapport de janvier 2013 rapporte que, depuis la mise en œuvre du plan provincial pour mettre fin à l’itinérance, l’Alberta a connu une réduction de 10 pour cent dans l’utilisation de lits d’ hébergement d’ urgence.
  1. Le gouvernement de l’Ontario s’est récemment engagé à mettre fin à l’itinérance chronique avant 2025. Dans sa stratégie pour la période 2014-2019 de réduction de la pauvreté, le gouvernement Wynne a annoncé son « objectif à long terme » de mettre fin à l’itinérance. Un comité consultatif de 13 membres a été nommé pour conseiller le gouvernement; et en octobre de cette année, ce comité a publié un rapport qui recommande, entre autres, que le gouvernement de l’Ontario vise à « mettre fin à l’itinérance chronique dans les 10 ans » (Matthews & McMeekin, 2015, p. 1). Le gouvernement Wynne a accepté ce conseil.
  1. Les campagnes pour mettre fin à l’itinérance étant d´sormais en plein essor depuis plusieurs années, les responsables gouvernementaux et les chercheurs tentent de définir ce que « avoir mis fin à l’itinérance » veut dire précisément. Participent à cet effort de définition les organismes suivants : la United States Department of Housing and Urban Development; the United States Interagency Council on Homelessness; et L’Observatoire canadien sur l’itinérance. (Plus tôt cette année, Iain de Jong a blogué sur ce sujet ici.) Plus récemment, le sujet a été discuté au cours d’une séance de la conférence annuelle de l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance; les participants étaient Alina Turner, Tom Albanese, Jaime Rogers, Michael O’Brien et Kyle Pakeman.
  1. Beaucoup moins de logements à louer sont en cours de construction au Canada aujourd’hui que par le passé; cela accroîtra   pour les communautés   la difficulté de mettre fin à l’itinérance.  Dans les années 1960 et 1970, beacoup de nouveaux logements locatifs ont été construit au Canada chaque année. Certaines unités ont été détenues et exploitées par des entités à but lucratif, souvent soutenues par des incitations fiscales du gouvernement; d’ autres unités ont été développées par des entités à but non lucratif, qui sont fortement subventionnées par le gouvernement, et toujours en partenariat avec le secteur privé. Dans les années 1980, avec le néolibéralisme en plein essor, le gouvernement fédéral du Canada a cessé de fournir aux promoteurs à but lucratif la plupart de ses incitations fiscales; il a également sérieusement réduit ses subventions pour la construction de nouvelles unités de logement social (c-à-d, le logement développé et exploité par des entités à but non lucratif). En 1993, le financement fédéral pour les nouvelles unités de logement social s’est arrêté (à la seule exception des unités dans les réserves). À partir de 2001, le gouvernement fédéral a commencé à subventionner à nouveau la construction de nouveaux logements sociaux, mais pas dans la mesure où il l’avait fait dans les années 1960 et 1970 ( J’ai déjà blogué sur des initiatives plus récentes ici).
  1. Chaque année, le gouvernement fédéral fournit aux organisations à but non lucratif moins d’argent que l’année précedente pour faire fonctionner leurs unités de logement à but non lucratif existantes;   cela aussi accroîtra les difficultés pour les municipalités qui essaient de mettre fin à l’itinérance. Les provinces et les territoires du Canada reçoivent un financement annuel de la Société canadienne d’hypothèques et de logement afin de faire fonctionner les logements existants (principalement pour les locataires à faible revenu). Ce financement ne finance pas seulement les prêts hypothécaires; il aide également les coûts d’exploitation (c-à-d, la différence entre le loyer reçu des locataires et ce qu’il en coûte en fait le fournisseur de logements pour faire fonctionner les unités). Ces accords de financement durent généralement 35-50 ans. Ce financement est en baisse et devrait se terminer en 2039. (Ce vidéo de deux minutes explique assez bien tout cela.)
  1. Aujourd’hui, le gouvernement fédéral dépense beaucoup moins d’argent qu’en 1999 sur les programmes qui répondent directement aux besoins des sans-abri; cela aussi accroîtra la difficulté de mettre fin à l’itinérance.  Le financement fédéral annuel pour l’itinérance aujourd’hui vaut 119 millions $; après ajustement pour l’inflation, cela représente seulement 35% de la valeur de ce financement fédéral en 1999. Je crois que cette érosion substantielle du financement fédéral pour les sans-abri acroîtra pour les communautés la difficulté de mettre fin à l’itinérance.  Je pense que, pour commencer, il serait raisonnable pour les défenseurs de demander au gouvernement fédéral de rétablir le financement fédéral annuel pour l’itinérance à son niveau de 1999. Concrètement, cela signifierait demander au gouvernement fédéral d’augmenter le financement annuel pour la Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance de 119 millions $ à 343 millions $.
  1. Avec la diminution des recettes fiscales au Canada, il sera encore plus difficile de mettre fin à l’itinérance.  Prenons ce qui suit: dans les années 1980, dans les taux d’imposition canadiens pour les particuliers, le haut taux était 43%; aujourd’hui, il est juste 29%. En 2000, pour le gouvernement federal, le taux d’imposition général pour les sociétés était 29%; en 2012, il était tombé à 15%. Enfin, en 1999, le total des impôts en tant que pourcentage du PIB du Canada (y compris toutes les taxes fédérales et provinciales) état 36%; en 2010, ils état 31%. Les programmes sociaux, y compris les logements pour personnes à faible revenu, ont besoin d’être financés. Sans revenus fiscaux importants, il sera plus difficile pour le gouvernement de financer plus de logements et plus de soutien social connexe pour les personnes à faible revenu.
  1. À mon avis,  sans une augmentation significative de la disponibilité de logements abordables, l’accroissement de nos efforts pour accroître l’ efficacité de nos réponses d’urgence pour les sans-abri sera limité par les réponses de comportement. Partout au Canada, les responsables locaux tentent souvent, aussi rapidement que possible, de déplacer les sans-abri d’un abri d’urgence à un logement abordable. Pendant que les fonctionnaires travaillent à développer des moyens plus efficaces pour faire cela, on entend des récits anecdotiques de réponses de comportement. C’est-à-dire, lorsque la nouvelle se répand que que les personnes qui ont accès à des abris d’urgence peuvent être placés dans un logement abordable rapidement (parfois avec le soutien du travail social) les personnes à faible revenu qui avaient auparavant résisté à la tentation d’accéder aux abris d’urgence (par « couch surfing » avec les amis et la famille, par exemple) se rendent compte que l’accès à des abris d’urgence peut entraîner de meilleurs résultats pour eux. Mon souci est que, au fur et à mesure que les réponses aux besoins de l’ itinérance deviennent plus efficaces, des millions de personnes à faible revenu seront plus enclins à acceder à des services de soutien d’urgence. Bien que je voudrais que les gens reçoivent de bons services, je pense que ce phénomène peut laisser certains responsables locaux dans la position d’essayer – pour employer une expression anglaise – « to push the ocean back with a spoon » — à moins bien qu’il ait une augmentation importante de la disponibilité de logements abordables.    (M. Culhane a déjà écrit sur ce phénomène ici.)

Les personnes suivantes m’ont aidé à préparer le présent blogue: Francesco Falvo, Louise Gallagher, Stephen Gaetz, Alison Kooistra, Steve Pomeroy, Angela Pye, Ron Kneebone, Kevin McNichol, Alina Turner et Mike Veall. Toutes les erreurs sont les miennes.

Université York; Observatoire canadien sur l'itinérance/Rond-Point de l'itinérance
Décembre 07, 2015

La couverture du rapport L'État de l'itinérance au Canada : 2014 L'Observatoire canadien sur l'itinérance/le Rond-point de l'itinérance et l'Alliance canadienne pour mettre fin à l'itinérance se sont une fois de plus mis ensemble pour publier un rapport national sur l'itinérance − l'État de l'itinérance au Canada : 2014 . Dans ce rapport révolutionnaire, nous examinons les nouvelles statistiques sur l'itinérance et le logement, et offrons une estimation détaillée du coût d'une réduction de l'état de la crise. Cette estimation est appuyée par des recherches solides ( a href="http://www.homelesshub.ca/sites/default/files/SOHC2014-Backgrounder.pdf">Housing Policy Targeting Homelessness) présentées par la conseillère du secteur immobilier Jane Londerville et l'économiste Marion Steele.

L'infographique est basé sur des recherches comprises dans le rapport et met en lumière la sévérité de la crise du logement et de l'itinérance au pays. Il comprend de nouvelles évaluations qui chiffrent le nombre de sans-abri à 5 000 personnes par jour ou 235 000 personnes par an. Cela signifie que chaque jour, environ 35 000 personnes vivent l'itinérance et plus de 235 000 personnes la vivent annuellement. De plus, l'évaluation des personnes qui connaissent l'itinérance chronique et épisodique a augmenté et est passée de 13 000 à 33 000 par an.

Ce rapport aborde également la crise du logement au Canada. Tel que Cushing Dolbeare l'a déclaré en 1996, «L'itinérance n'est peut-être pas seulement un problème de logement, mais c'est toujours un problème de logement; le logement est nécessaire, bien que parfois non suffisant, pour résoudre le problème de l'itinérance.»

Ce rapport établit donc le lien entre le logement et l'itinérance et souligne qu'il est peu probable que nous parvenions à résoudre le problème de l'itinérance si nous n'abordons pas l'enjeu de la carence de logements abordables. Près de 1 ménage sur 5 connaît des problèmes d'abordabilité en logement extrêmes. Au cours des 20 dernières années, près de 100 000 logements n'ont pas été construits en raison de l'annulation des programmes de financement des logements abordables.

Le rapport souligne aussi l'écart existant entre les propriétaires et les locataires ─ en termes de dépenses gouvernementales et en termes de richesse et de logements abordables. Au niveau des dépenses fiscales, le gouvernement contribue 8,6 milliards de dollars aux propriétaires par le biais des exemptions pour gains en capitaux et loyers théoriques, comparativement à seulement 2,1 milliards de dollars pour les locataires. Près de la moitié des locataires attribuent plus de 30 % de leur revenu au logement, comparé à moins de 1 propriétaire sur 5. Le revenu familial médian des propriétaires s'élève à 74 540 $. Non seulement, les familles locataires gagnent considérablement moins (37 100 $), mais ce chiffre a également baissé depuis 1991 (après avoir été redressé en fonction de l'inflation).

Il est temps que cela change. Durant les 25 dernières années, et particulièrement après que le gouvernement fédéral ait cessé d'appuyer la plupart des constructions de logements en 1993, la population du Canada a connu une croissance de près de 30 % et notre investissement fédéral en logements abordables a baissé de plus de 46 %. Les dépenses par habitant consacrées aux logements pour personnes à faible revenu a chuté de 115 $ à 60 $.

Le rapport suggère plusieurs changements dont un nouvel accord-cadre entre les gouvernements fédéral, provincial et territoriaux, des investissements qui ciblent les sans-abri chroniques et épisodiques, un nouveau crédit d'impôt sur les logements abordables et un programme de crédit au logement, ainsi que des investissements dans les logements pour Autochtones sur et hors réserve.

Les coûts de toutes des recommandations ont été évalués. Dans ce rapport, nous proposons une autre manière de procéder, y compris l'adoption d'une stratégie d'investissement dans les logements qui à long terme coûterait moins cher à l'économie que le coût actuel de l'itinérance. Les investissements proposés représentent une augmentation des dépenses des engagements projetés de 2 019 milliards de dollars à 3 752 milliards de dollars en 2015-2016, pour un investissement d'environ 44 milliards de dollars sur dix ans.

Avec seulement 88 cents supplémentaires par semaine (2,04 $ au total), nous pouvons contribuer à une solution réaliste à la crise de l'itinérance et du logement abordable. Il s'agit d'un petit investissement face aux grandes difficultés que vivent les personnes itinérantes. Vendredi, nous explorerons ce que vous pourriez faire pour débloquer cet argent chaque semaine.

Infographique : L'itinérance au Canada - les chiffres

Novembre 12, 2015

Le 4 novembre, j’ai fait une présentation sur la politique du logement au Canada, lors de la Conférence nationale pour mettre fin à l’itinérance. Ma présentation (qui a porté sur l’histoire sociale canadienne avant 1964) illustrée de diapositives, peut être téléchargée ici.

Voici cinq choses à savoir sur l’histoire avant 1964, période qui a donné le ton à des développements importants dans la politique du logement au Canada:

  1. Avant les années 1940, il n’y avait pratiquement pas de logements subventionnés par le gouvernement au Canada. Dans les années 1900, si on était sans travail et avait besoin d’aide pour payer les factures, on devait généralement compter sur sa famille ou ses amis. Dans certains cas, un organisme de protection sociale pouvait fournir un soutien limité dans le temps (par exemple, des vêtements, de la nourriture, de l’essence); dans d’autres cas, l’ église pouvait aider. Sans cela, on était probablement confronté par l’indigence.
  1. La Grande Dépression a eu un impact important sur le rôle du gouvernement dans le système de protection sociale du Canada. Avant la Grande Dépression, on était porté  à voir le chômage comme un échec personnel; mais à la fin de la Grande Dépression, il est devenu clair pour la plupart que le chômage était souvent provoqué par des facteurs macroéconomiques en grande partie hors du contrôle de l’individu qui se retrouvait  sans travail. Cela a changé la mentalité des Canadiens—tout à coup, il n’était plus difficile de convaincre les gens de la nécessité pour le gouvernement de jouer un rôle important à la fois dans la création d’emplois et  dans la politique sociale de soutien aux personnes sans emploi.
  1. La Seconde Guerre mondiale a eu un impact profond sur le système de protection sociale du Canada. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les gouvernements dédéral et provinciaux étaient dans une situation macroéconomique relativement forte; en effet, le chômage était à un niveau bas. Cette situation fiscale favorable, combinée avec la modification susmentionnée de la perspective vis-à-vis du chômage, a eu comme effet une situation où le gouvernement fédéral du Canada pouvait augmenter des dépenses dans les programmes sociaux.
  1. Après la Seconde Guerre mondiale, les anciens combattants canadiens ont dû se battre dur pour le logement financé par le gouvernement. Comme M. Brushett a souligné avec éloquence ici, après la Seconde Guerre mondiale, on n’ a pas offert aux anciens combattants la possibilité d’un logement financé par le gouvernement; plutôt, pour le logement subventionné, ils ont dû se battre. Une fois que le gouvernement fédéral a un logement financé par le gouvernement disponible pour les anciens combattants, cela a rendu la pensée de logements financés par le gouvernement pour d’autres groupes de Canadiens plus acceptable.
  1. L’introduction de l’assurance hypothécaire parrainée par le gouvernement en 1954 a eu un impact profond sur la propriété du logement au Canada. Ce programme d’assurance sociale protégait les institutions financières contre les risques lorsque elles fournissaient des prêts hypothécaires aux propriétaires canadiens. En effet,   c’ était un programme d’assurance parrainé par le gouvernement plutôt qu’une subvention en soi. En vertu du régime, le propriétaire individuel payait des primes d’assurance. Ce plan, qui reste en vigueur aujourd’hui, a abouti à des niveaux plus élevés d’accession à la propriété.

Par la suite, la politique de l’habitation canadienne a vu un changement spectaculaire en 1964 … mais cela sera le sujet d’un blogue futur!

Les personnes suivantes m’ont aidé à préparer le présent blogue: George Fallis, Francesco Falvo et Allan Moscovitch. Toutes les erreurs sont les miennes.

Cet article a été republié avec la permission du Progressive Economics Forum.

Pages

Tweets récents

Le contenu de ce site est protégé par une licence Creative Commons Paternité – Pas d'utilisation commerciale – Pas de modification.

Les analyses et interprétations publiées dans le blogue sont celles des contributeurs individuels et ne représentent pas nécessairement les opinions de l'Observatoire canadien sur l'itinérance.