Université York; Observatoire canadien sur l'itinérance/Rond-Point de l'itinérance
Août 03, 2015

"Pourquoi l'itinérance n'était-elle pas un problème social avant les années 1980?"

Cette question nous vient de Lara C. par le biais du sondage de notre site web, et c'est une très bonne question! Ma réponse est issue de deux ressources principales que je vous recommande de lire si vous désirez en apprendre davantage sur l'histoire de l'itinérance au Canada :

  1. Finding Home: Policy Options for Addressing Homelessness in Canada(livre électronique, Introduction)
  2. Homelessness in Canada: Past, Present, and Future(discours d'ouverture à Calgary, 2009)

D'un point de vue historique, le mot «itinérance» est relativement nouveau. (Vous trouverez un résumé du point de vue du Dr J. David Hulchanski sur l'évolution du mot dans cet éditorial du Toronto Star.)

Les auteurs de Finding Home, dont Hulchanski, ont fait une recherche sur la base de données du New York Times afin de découvrir la fréquence du mot entre 1851 et 2005. 87 % des articles qui avaient utilisé le mot itinérance avaient été publiés entre 1985 et 2005. Comme Lara le fait remarquer dans sa question, quelque chose a décidemment changé au cours de cette décennie. Comme je vais l'expliquer ci-dessous, plusieurs changements majeurs à nos politiques et à la gouvernance ont dépriorisé les logements et les services sociaux.

Find Home e-book coverLes gens vivaient l'itinérance, mais différemment

Qu'est-ce qu'un problème social? Selon Bob Mullaly, un problème social doit : affecter un nombre important de personnes, doit être de caractère négatif, doit être quelque chose qui devrait être changé, et être quelque chose qui peut être changé1. Il va sans dire que l'itinérance est actuellement un problème social, mais ce n'était pas le cas avant les années 1980.

Antérieurement, les personnes étaient également itinérantes selon la définition canadienne de l'itinérance, mais d'une autre façon, et ils étaient moins nombreux. Dans les pays développés tels le Canada, les prestataires de services sociaux et les gouvernements étaient axés sur le relogement des gens, contrairement à un grand nombre des initiatives de logement d'urgence d'aujourd'hui. Tel que l'a remarqué Hulchanski dans son discours d'ouverture de 2009 sur le sujet:

«Ils avaient des logements, bien que dans de nombreux cas les logements étaient en piètre état. Dans beaucoup de villes, il y avait aussi des hommes itinérants célibataires qui recevaient de l'aide de l'Armée du Salut. On disait parfois que ces hommes étaient sans abri, bien qu'ils vivaient dans des maisons de chambres dans des «quartiers de clochards» de qualité médiocre et des petits logements de célibataires.»

Puisque les gens avaient généralement un logement, bien que de mauvaise qualité, le mot «itinérant» était utilisé plus souvent. Le mot «sans-abri» était parfois utilisé, mais pas aussi souvent qu'on l'utilise de nos jours, tout simplement parce que ce n'était pas chose commune.

Le logement et les services sociaux étaient une priorité

La qualité des logements au Canada après la dépression et la Seconde Guerre mondial était lamentable. Selon Hulchanski, «De nombreuses personnes vivaient dans des logements médiocres, vieillissants et surpeuplés, souvent dans des quartiers délabrés. Après la Guerre, nous les Canadiens, à l'aide des impôts que nous payions et des gouvernements que nous avions élus, nous avons ravivé le marché du logement, créé un système hypothécaire opérationnel doté d'une assurance hypothécaire gouvernementale, construit des logements sociaux et subventionné des logements locatifs du secteur privé.»

En effet, le gouvernement canadien avait profondément investi dans des logements adéquats pour tous. En 1965, le premier ministre Lester Pearson a reconnu l'importance d'un logement décent dans un discours à la Ontario Association of Housing Authorities. Il a reconnu que l'enjeu primaire du Canada était «la nécessité pour chacun d'avoir un logement décent; non pas de transformer chaque maison en château, mais d'assurer qu'aucune maison n'est un taudis. Rares sont les esprits qui peuvent se développer dans un taudis. Un objectif de logements décents doit tout simplement être atteint dans notre société démocratique.» Au cours des années 70, il y avait même un ministre des Affaires urbaines qui s'occupait du logement. Lorsque des changements ont été apportés à la Loi nationale sur l'habitation en 1973, 20 000 logements sociaux ont été construits chaque année.

Bon nombre des services du filet de sécurité sociale que nous connaissons aujourd'hui ont également été établis à cette époque : l'assurance chômage, les pensions de vieillesse, les soins de santé universels et le Régime d'assistance publique du Canada. Par conséquent, il était moins probable que les gens vivent dans la pauvreté extrême ou risquent l'itinérance.

La dépendance au marché privé et les coupures des services ont mené à davantage de pauvreté

À partir du début des années 1980, les priorités du gouvernement ont changé. Nos représentants élus ont adopté des approches individualistes face aux politiques qui ont bénéficié aux entreprises privées plutôt que de perpétuer la responsabilité collective.

Des coupures aux logements sociaux et d'autres programmes ont débuté en 1984, et le gouvernement fédéral a mis fin à tout financement des logements sociaux en 1993. En 1996, il a transféré toute la responsabilité des logements abordables aux provinces. Dans bien des régions, les coupures aux logements étaient accompagnées de coupures aux services sociaux essentiels dont le but était d'aider les personnes lorsqu'elles étaient malades et au chômage, ou/et au cours de situations économiques défavorables. En Ontario, par exemple, l'aide sociale a été réduite de 30 % par le gouvernement Harris, et est gelée depuis plusieurs années. Le fossé entre les riches et les pauvres au Canada continue de s'élargir, et de façon générale, la pauvreté est à la hausse.

Les coupures aux services et au logement sont bien entendu reliées à l'économie du laissez-faire. Tel que l'a affirmé Hulchanski dans son discours, «nous avons commencé à nous en remettre à une société de plus en plus déréglementée dans laquelle le 'génie des forces du marché' devaient satisfaire à nos besoins, et où les retombées des réductions d'impôts, rendues possibles grâce aux coupures aux programmes dont profitaient en grande partie les pauvres et les personnes qui gagnaient un revenu moyen, étaient supposées bénéficier aux personnes dans le besoin. Une économie concurrentielle, nous a-t-on dit, exigeait des salaires comprimés et des emplois à temps partiel sans avantages sociaux.»

Le manque d'investissements dans les logements abordables, conjugué à un filet de sécurité sociale considérablement réduit, a entraîné un nombre inégalé de personnes non logées au Canada. Il nous fallait un terme pour décrire ce phénomène : itinérance. Hulchanski nous explique comment ce terme diffère du terme «sans abri» que l'on utilisait auparavant :

«Il était clair que l'itinérance désignait une pauvreté qui ne comprenait pas de logement. Il s'agit d'une pauvreté qui ne comprend pas les soutiens sociaux requis. Et cette pauvreté est tellement profonde que même les logements médiocres ne sont pas abordables. Il y a toujours eu beaucoup de pauvres au Canada. Dans les années 1980, de plus en plus de personnes étaient non seulement pauvres, mais se sont retrouvées sans logement.»

En résumé, beaucoup de choses ont changé dans les années 1980. Les priorités changeantes du gouvernement et le manquement d'investir dans les logements abordables a engendré les problèmes sociaux complexes qui contribuent à l'itinérance aujourd'hui.

1. Mullaly, Bob. (2002). “Theoretical and Conceptual Considerations” in Challenging Oppression: A Critical Social Work Approach, pp. 1-26. Toronto, ON: Oxford University Press.

Ce billet fait partie de notre série «Demandez au Rond-point». Avez-vous une question reliée à l'itinérance? Envoyez-nous un courriel à thehub@edu.yorku.ca et nous vous donnerons une réponse basée sur les recherches.

Université de Western Ontario
Juillet 31, 2014

Image of London, ON, Canada.
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Logement d'abord est dorénavant largement reconnu à titre de la solution la plus efficace dans la lutte contre l'itinérance dans les nations industrialisées. Ce modèle concentre ses actions sur l'emménagement rapide dans des logements indépendants et permanents, où que les individus soient situés dans leur cheminement personnel. Ceci contraste avec les modèles antérieurs qui exigeaient que les personnes soient à une certaine phase de rétablissement, aient déjà accédé à un traitement pour leurs troubles de santé mentale, ou traversent déjà un processus progressif d'indépendance accrue. La recherche a maintenant démontré qu'on obtient de meilleurs résultats lorsque les individus ont accès à un logement. Toutefois, il y a plusieurs questions difficiles qui ont été posées au sujet de ce modèle et que j'aimerais soulever dans ce message.

1) Est-ce que Logement d'abord fait passer les hommes d'abord?

L'année passée, Toits pour elles (TPE) a publié un livre blanc important intitulé Logement d'abord, les femmes ensuite? Ce document jette de la lumière sur le manque d'une approche gendrée à l'échelle nationale de la mise en œuvre de Logement d'abord pour le financement du projet. Cela entraîne le risque que les meilleures pratiques concernant l'itinérance féminine, et notamment celles qui tiennent compte de l'ubiquité de la violence que vivent les femmes, soient perdues. Nous savons que l'expérience de l'itinérance sont différentes pour les femmes et pour les hommes, et ce document souligne des différences importantes telles que la nature plus dissimulée de l'itinérance chronique chez les femmes.

Logement d'abord place-t-il les femmes en second? Je suggère que c'est le cas seulement si on le permet. Le principe de base voulant que le logement est le fondement le plus important pour éliminer l'itinérance est tout aussi vrai pour les hommes que pour les femmes. Cependant, cela est déterminé lors de la mise sur pied du programme. Les besoins des femmes seront secondaires seulement si le programme ne tient pas compte des meilleures pratiques déjà élaborées et accumulées au cours de dernières décennies. Il est important de relever que Logement d'abord comprend différents types de logements; le concept de vie indépendante étant défini de façon fluide. Deuxièmement, il s'agit de logements avec soutiens, lesquels peuvent également varier. Par conséquent, Logement d'abord ne mettra pas intrinsèquement les besoins des femmes en deuxième, tant que nous continuions à ramener ces besoins à l'avant-plan.

2) Les logements indépendants ne sont-ils pas dangereux pour les femmes qui ont récemment fui un partenaire violent?

Cette question se rapporte étroitement à la question précédente sur les besoins des femmes. Si tous les programmes Logement d'abord entraînent un emménagement rapide dans une résidence privée, cela mettrait en effet à risque les femmes qui fuient la violence. Un taux élevé d'ex partenaires retrouvent les femmes qui ont fui la violence, ce qui rend la planification de sécurité inhérente à l'habitation collective bien plus efficace. Néanmoins, le professeur Stephen Gaetz souligne qu'il n'est pas nécessaire d'abandonner les modèles transitionnels dont on a prouvé l'efficacité auprès de certaines sous-populations, telles que les femmes. En effet, les chercheurs et les chefs de file du mouvement des femmes ont noté le manque de logements de troisième étape, soit essentiellement des logements permanents qui offrent des services de soutien. Un modèle Logement d'abord signifierait l'entretien de logements de deuxième étape lorsque cela est efficace, sans pour autant oublier qu'un logement de troisième étape est le but ultime. Une fois de plus, cela dépend d'une bonne mise en œuvre.

3) Pourquoi y a-t-il tant de décès dans les programmes Logements d'abord?

Je fais partie d'une équipe de recherche qui évalue les résultats en matière de santé du premier groupe d'individus participant au programme London CAReS. Tous ces individus étaient des sans-abri chroniques et la plupart d'entre eux vivaient des problèmes de toxicomanie chronique. Dans ce cas-ci, lorsque je parle de toxicomanie chronique, je veux dire une utilisation persistante et élevée de substances, y compris la dépendance aux rince-bouche et l'usage important de drogues injectables. Nous avons témoigné d'un nombre élevé de décès d'individus participant au programme. Cela a également été remarqué par les travailleurs dans le secteur et a soulevé des questions sur les programmes Logement d'abord dans l'ensemble et les risques pour les participants.

Certains de ces décès font partie de ceux qui sont déjà anticipés dans cette sous-population où l'usage des substances est considérable. Cependant, j'aimerais émettre l'hypothèse qu'un autre phénomène entre en jeu ici. Bon nombre de ces personnes font des surdoses de manière constante au cours de leur itinérance, mais étant donné que cela se produit dans le contexte d'une agence où d'autres résidents ou du personnel sont présents, on les transporte à l'hôpital où ils sont réanimés. Donc, lorsqu'on installe un individu qui continue à utiliser un niveau élevé de drogues ou d'alcool dans un logement plus indépendant, cela les expose à un plus haut risque d'overdose sans être découverts. La difficulté est que cette vie indépendante dans une habitation permanente et abordable est le désir de l'individu. On ne veut pas leur nier ce droit. On ne veut absolument pas forcer les gens à habiter dans un refuge à long terme, mais nous devons également être conscients, et rendre les résidents conscients, du risque que représente l'utilisation de substances en privé.

4) Le modèle Foyer n'est-il pas préférable pour les jeunes itinérants?

Le modèle Foyer de logements de transition pour jeunes itinérants est prisé en Europe et a également été adopté au Canada. En bref, il s'agit d'un modèle de logement de transition plus à long terme, qui rejette la limite commune de 364 jours et incorpore les services d'accompagnement dont l'éducation, l'emploi et le développement d'aptitudes à la vie quotidienne. Comparer les programmes Foyer et Logement d'abord lancerait des débats de sémantique sur ces modèles. Si le modèle Foyer est mis sur pied sans date de sortie, il s'agit donc d'un logement permanent, indépendant et abordable avec soutiens; mais il s'agit aussi d'un degré particulier de soutien. Si une date de sortie, par exemple de 3 ans, est en effet établie, il serait nécessaire de lancer un débat et de repenser le programme et les services afin qu'ils entraînent vraiment le logement permanent. Toutefois, cela ne signifie pas que l'on doit rejeter les meilleures pratiques qui ont été créées en Europe, mais plutôt qu'on doit les intégrer dans Logement d'abord.

5) Logement d'abord, c'est bien beau, mais que faire s'il n'y a pas de logements?

Afin d'empêcher que les gens n'entrent dans le système des refuges ou pour les transférer rapidement hors des refuges, il faut des logements abordables. Dans les communautés partout en Ontario, nous faisons face à des listes d'attente de 2 à 20 ans pour des logements sociaux, et bon nombre de communautés ont des taux d'inoccupation de 2 %, ce qui décourage le marché d'ajouter de tels logements. Toutefois, des exemples locaux montrent qu'il existe des moyens novateurs pour accroître l'approvisionnement des logements. La première façon est de profiter des logements du secteur privé dans les communautés qui ont un taux d'inoccupation indiquant que des logements locatifs sont disponibles. À London, cela signifie une subvention au loyer d'environ 200 $ pour faire passer l'allocation au logement d'Ontario au travail d'un individu d'environ 375 $ à 575 $ – ce qui leur permet d'accéder au marché locatif moyen. Bien que cet investissement dans le logement n'entraîne pas l'augmentation de capital pour le Service du logement que l'on obtiendrait avec de nouveaux logements, le coût de 200 $ est bien inférieur à ce que la municipalité dépense pour garder un individu dans un refuge (environ 1230 $ par mois).

Une autre façon de considérer l'approvisionnement de logements abordables accru est avec des façons novatrices de favoriser la disponibilité des logements par l'intermédiaire de nouvelles constructions. En ce moment, à London, nous sommes sur le point d'élaborer une Société de développement des logements (Housing Development Corporation, or HDC), qui augmentera le nombre d'unités projetées de logements abordables de 450 à 1 000 au cours des dix prochaines années, et ce sans nécessairement exiger un nouvel investissement municipal. Cela peut être exécuté en optimisant le financement à travers tous les ordres du gouvernement main dans la main avec les fonds charitables et les investissements du secteur du privé. Cela signifie que des objectifs ambitieux en matière de logements abordables peuvent être atteints tout en continuant à investir dans les solutions à court terme immédiates, telles que les suppléments au loyer.

6) Les toxicomanes chroniques peuvent-ils vraiment rester logés de façon permanente?

Lorsque London CAReS a commencé à placer les sans-abri les plus chroniques de la communauté dans des logements permanents et indépendants, un grand nombre de personnes dans le secteur étaient pour le moins sceptiques. Il s'agissait d'individus que l'on avait essayé de reloger à maintes reprises, mais qui finissaient toujours par retourner dans les refuges. Comment London CAReS pouvait-elle améliorer cette situation? Le temps qui passe a été révélateur. En effet, la majorité des individus participant au programme CAReS ont su garder leur logement en dépit de l'adversité.

Cela démontre que les personnes qui vivent avec des toxicomanies chroniques peuvent rester logés, mais aussi que des soutiens adéquats sont nécessaires. Dans ce cas-ci, les bons soutiens comprenaient une gestion de cas intensifs et un travailleur pour dix participants – ce qui est coûteux mais entraîne des résultats positifs en matière de santé et de systèmes sociaux, et bien entendu, en matière de résultats pour les participants. Chacun qui veut être logé peut être logé (et des recherches sur 200 sans-abri affligés de défis de santé mentale à London ont dévoilé que 100 % d'entre eux désiraient un logement.)

7) Comment se fait-il que des participants au programme Logement d'abord aient toujours accès à un haut niveau d'autres services?

On prévoit que les bénéfices de Logement d'abord incluront une baisse de l'utilisation des services de santé, sociaux, d'urgence et correctionnels. Des baisses ont déjà été perçues dans les domaines de la santé, des services d'urgence et des services correctionnels, mais les individus qui participent au programme Logement d'abord utilisent toujours fréquemment les services sociaux. Par exemple, ils continuent à utiliser les centres de jour et les programmes alimentaires quotidiennement. Cela continue à mettre une pression sur des ressources limitées dans le secteur des services sociaux mais ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Souvenez-vous que Logement d'abord signifie un logement avec des soutiens. Ce qui est en train d'arriver est que les individus définissent les soutiens dont ils ont besoin, et il s'agit souvent des services qu'ils ont appris à connaître durant leur expérience d'itinérance. Si ces services sont efficaces pour ces individus, cela signifie qu'ils ont toujours une grande valeur.

Cependant, l'objectif ultime serait d'intégrer les personnes dans les collectivités. Dans mon esprit, il s'agit là du travail central dans la lutte contre l'itinérance à l'heure actuelle. Nous avons réussi à faire passer les gens des refuges dans des logements, et à les garder logés, mais nous n'avons pas vu beaucoup de résultats positifs en matière d'intégration sociale et d'activités récréatives. Il est bien entendu préférable que ces individus soient dotés d'un cercle social de personnes de la rue plutôt qu'être isolés socialement, mais les meilleurs résultats à long terme sont atteints lorsque les gens ont un sentiment d'appartenance au lieu où ils vivent et fréquentent des réseaux sociaux plus divers. Tant que nous ne serons pas plus aptes à aider les gens à s'intégrer socialement, nous devrons nous attendre (et permettre) à une utilisation élevée des services pour sans-abri par les individus qui sont dorénavant logés.

Ce message a été republié avec la permission de Abe Oudshoorn's Blog.

Université York; Observatoire canadien sur l'itinérance/Rond-Point de l'itinérance
Juillet 11, 2014

J'ai reçu ce message (révisé afin de protéger la vie privée) sur Facebook l'autre jour de la part d'un ami de Toronto.

Salut Tanya! Toi qui t'y connais en logement, j'aimerais recevoir tes conseils.

Je reçois des allocations du POSPH, et ma santé s'améliore. Je veux déménager, mais je ne suis pas sûr de recevoir des allocations durant la prochaine année. J'essaie de savoir si je peux potentiellement me trouver un logement subventionné. Je sais que ça ne se fait pas du jour au lendemain, mais je veux faire des tas de recherches et inscrire mon nom sur le plus de listes possible. Je suis déjà sur une liste reliée à ma catégorie de maladie. De toutes façons, il n'y a pas de mal à mettre mon nom sur une liste qui pourrait m'être utile dans le futur.

Aujourd'hui, j'ai appelé Housing Connections et ils ont été très décourageants, m'annonçant qu'il y a une liste d'attente de 20 ans pour les appartements à une chambre. J'ai aussi visité le site de la Toronto Housing Coop, mais les listes d'attente ouvertes sont pour des quartiers où je ne veux pas vivre.

Ce que je voudrais vraiment, c'est trouver une liste d'édifices qui ont été construits au cours des 20 dernières années, dans des bons quartiers et qui sont subventionnés.

Est-ce que la liste d'attente de 20 ans de Housing Connections est réaliste?

Merci
Ton ami

Malheureusement, je n'ai pas grand chose de positif à dire à mon ami. Un nombre croissant de personnes sont logées de façon précaire et les faibles taux d'inoccupation, les bas salaires minimums/faibles taux d'aide sociale et le manque de logements abordables font qu'il est difficile pour bon nombre de gens d'un bout à l'autre du pays de trouver des logements locatifs.

Je lui ai recommandé de vérifier les logements loués au prix du marché et abordables de la Toronto Community Housing Corporation (TCHC). Tandis que la TCHC et d'autres fournisseurs de logements sociaux se dirigent vers des projets de logements locatifs mixtes, un nombre croissant de logements loués au prix du marché et locatifs deviennent disponibles. Quatre-vingt-treize pourcent des locataires de la TCHC sont subventionnés avec des logements à loyer indexé sur le revenu, ce qui signifie que les locataires ne paient pas plus de 30 % de leur revenu au loyer. Lorsque les locataires paient plus de 30 % de leur revenu au loyer, on dit qu'ils éprouvent des besoins impérieux de logement.

Les logements restants sont offerts à un prix inférieur au prix du marché locatif et sont par conséquent supposés être plus abordables. Le taux des unités locatives offertes au prix du marché est établi en fonction des taux locatifs locaux et il n'y a pas de limite de revenu. Pour ce qui est des habitations abordables, les lignes directrices indiquent que le loyer est établi au prix des loyers sur le marché ou au loyer moyen sur le marché. Ces unités abordables font l'objet d'une limite de revenu basée sur le coût/la taille de l'unité et selon laquelle le revenu brut du ménage ne peut être supérieur à quatre fois le montant du loyer. Quoique louable en théorie et assurant que les gens qui ont les ressources nécessaires pour payer un loyer au prix du marché n'habitent pas dans des logements visant les personnes à faible revenu, ces logements locatifs ne sont toujours pas abordables pour les individus qui touchent l'aide sociale ou qui ont un emploi au salaire minimum.

Par exemple, une personne travaillant à temps plein en Ontario gagne 22 862,40 $ bruts par an, soit 1 905,20 $ par mois. [1] À 822 $, son loyer représente 43 % de son revenu brut. Les loyers plus chers étant à 979 $ et 1161 $, cela revient à 51,4 % et 61 % respectivement de leur revenu. Bien qu'une seule personne pourrait probablement survivre avec 43 % dans une garçonnière, une famille entière aurait besoin d'un plus grand logement. S'il s'agit de son seul revenu, cette famille serait automatiquement classée dans la catégorie des familles aux besoins impérieux de logement, mais pourraient toutefois passer des années sur une liste d'attente pour un logement à loyer indexé sur le revenu.

Guide de calcul pour un logement locatif abordable

Type de logement

Taux d'échantillon de location mensuelle

x 12 mois x 4 =

Revenu brut annuel maximum du ménage

Garçonnière

822 $

x 12 mois x 4 =

 39 456 $

1 chambre

979 $

x 12 mois x 4 =

 46 992 $

2 chambres

1 161 $

x 12 mois x 4 =

 55 728 $

Cet automne, l'Observatoire canadien sur l'itinérance lancera de nouvelles informations sur les taux d'inoccupation et l'abordabilité des logements d'un bout à l'autre du pays. Entre-temps, nous savons qu'il est très difficile pour les personnes à faible revenu – et surtout pour celles qui touchent l'aide sociale, qui reçoivent une pension ou touchent un salaire minimum – de pouvoir se permettre le logement dont ils ont besoin.

Le problème existe à l'échelle nationale, dans les grands centres urbains et dans les collectivités rurales. Dans le blogue de cette semaine sur la publication du rapport Housing First in Rural Canada: Rural Homelessness & Housing First Feasibility Across 22 Canadian Communities, la docteure Alina Turner explique que le manque de logements abordables et de soutiens de base dans les collectivités rurales (santé mentale, toxicomanies, violence familiale, etc.) représente un gros problème dans la lutte contre l'itinérance. Dans les centres ruraux, ce problème est d'autant plus prononcé. Il n'y a tout simplement pas assez de capacité de financement et de services pour pouvoir offrir les divers soutiens nécessaires.

Lorsque ces collectivités doivent offrir des soutiens aux personnes sans abri qui souffrent de problèmes complexes de toxicomanie et de santé mentale, elles sont obligées d'acheminer ces dernières vers les grands centres urbains. De nombreuses communautés rurales ne sont pas dotées de secteurs locatifs officiels, et encore moins d'un approvisionnement de logements locatifs.

Ce problème existe principalement parce que très peu de nouveaux projets de logement ont été construits au pays, et surtout comparé aux années 70 et 80 lorsque le gouvernement fédéral était solidement impliqué dans le marché des logements locatifs et investissait dans les coopératives d'habitation et les logements sociaux. Le transfert du logement aux provinces et territoires en 1993 (et le transfert ultérieur aux municipalités dans bien des domaines) a marqué la fin de cet investissement important dans le logement au Canada. Comme nous l'avons déjà mentionné, le Canada demeure le seul pays industrialisé au monde qui n'a pas de stratégie nationale de logement.

Les données de l'Ontario montrent qu'en 2012, il y avait 158 445 ménages qui attendaient des logements à loyer indexé sur le revenu au 31 décembre 2012. Cela représente 3,05 % des ménages en Ontario. Le rapport explique que 18 378 ménages ou environ 11 % des ménages sur une liste d'attente étaient logés. En moyenne, ils ont dû attendre 3,2 ans. Mais pour chaque ménage logé, il y a trois nouveaux demandeurs rajoutés à la liste.

En Ontario, les chiffres variaient selon la taille de la collectivité et du marché immobilier. À Toronto, le nombre de ménages (pas les gens, mais les ménages) qui attendent une subvention s'élève à 72 696; à Niagara, 5 831; à Ottawa, 9 717; et à Cochrane, 1 458.

Cette situation est présente dans tout le pays. Selon un article du Huffington Post, le Caucus des maires des grandes villes de la Fédération canadienne des municipalités (FCM) mentionne :

  • «Plus de 3 000 familles figurent sur les listes d’attente pour un logement abordable à Calgary et dans la région de Waterloo.»
  • «Le prix moyen d'un nouveau logement a plus que doublé de 2001 à 2010.»
  • «La Saskatchewan a besoin de 6 500 à 7 000 mises en chantier de nouveaux logements pour répondre aux besoins et pour attirer des travailleurs, et on évalue que la ville de Vancouver en a besoin de 6 000.»

Citizens for Public Justice a publié un bon infographique sur le manque de logements abordables. Il mentionne que partout en Ontario, par exemple, il y a 156 358 ménages qui attendent un logement abordable. Cela varie par région et par type de ménage, mais le temps d'attente moyen en Ontario est de deux à quatre ans. Certains groupes (surtout les personnes âgées) sont logés dans l'année qui suit, tandis que d'autres (surtout les personnes célibataires et les couples sans enfants en dessous de 65 ans) peuvent attendre jusqu'à dix ans. De même, à Vancouver, le temps d'attente moyen est de 16 mois et d'environ trois ans à Halifax.

Selon la campagne de Crise du logement de la FCM, bien que 1/3 des Canadiens sont des locataires, seulement 10 % des constructions de nouveaux logements de la dernière décennie sont des logements locatifs. Il n'est donc pas étonnant que cela, ajouté «au prix élevé des maisons et l'endettement record des ménages» a incité la Banque du Canada à affirmer que «le déséquilibre du marché du logement représente le plus grand risque intérieur à notre économie.»

Mais la situation n'est pas entièrement sombre.


Le Wellesley Institute est doté d'une carte virtuelle des initiatives locales de logement d'un bout à l'autre du pays qui est classée en quelques catégories dont : politiques et information, prestataires de services, refuges, réseaux et ressources. Cela montre un dévouement et la multiplicité de programmes et d'initiatives partout au pays.

En Colombie-Britannique, la stratégie de logement Housing Matters BC est vantée comme étant «la stratégie de logement la plus progressive au Canada. Se concentrant sur les personnes qui connaissent le plus grand besoin, cette initiative de logement a reçu un appui de plus de 2,5 milliards du gouvernement depuis 2006 et a transformé le logement abordable en Colombie-Britannique. Depuis que l'initiative a été lancée, la province a doublé le nombre de places dans les refuges, ajouté des milliers de logements abordables pour les personnes âgées et les personnes handicapées, et vu une réduction marquée du nombre de personnes non logées. Actuellement, plus de 98 000 ménages bénéficient des programmes de logements abordables de la province – une augmentation de 20 % depuis 2006.»

De nouveaux projets de logement sont en train d'être construits et sont financés par la Stratégie de partenariats de lutte contre l'itinérance (SPLI). La SPLI a été renouvelée pendant plusieurs années et se concentre sur le programme Logement d'abord. Nous savons d'après la recherche que Logement d'abord est un modèle efficace pour les personnes qui vivent l'itinérance. En l'absence de nouvelles unités de logements abordables, l'usage des suppléments au loyer sera essentiel afin d'établir Logement d'abord partout au Canada. Des outils tels le livre numérique L'approche Logement d'abord au Canada : appuyer les collectivités pour mettre fin à l'itinérance et Le guide sur l'approche Logement d'abord offert en ligne seront très utiles aux collectivités.

Mais ça ne suffit pas.

________________________________________
[1] Calcul : salaire minimum 11 $/h x 40 heures = 440 $/semaine x 4.33 semaines = 1905.20 $/mois (brut) x 12 mois = 22 862.40 $/an.

Cette publication fait partie de notre série de blogues du vendredi «Demandez au Rond-point». Vous avez une question en rapport avec l'itinérance et vous voudriez une réponse? Envoyez-nous un courriel à thehub@edu.yorku.ca et nous vous apporterons une réponse basée sur la recherche.

Inner City Health Associates
Juillet 03, 2014

Des données et informations alarmantes proviennent de nos systèmes de refuges pour sans-abri.

Dans le cadre d'un nouveau programme pilote qui commence en juillet, je vais me rendre dans la communauté avec une équipe de professionnels de la santé afin d'offrir des soins palliatifs à des patients qui sont sans abri et qui sont logés de façon précaire. Notre nouveau programme, intitulé PEACH (Palliative Education And Care for the Homeless) est une initiative des Inner City Health Associates (ICHA). L'ICHA est un groupe de plus de 60 médecins qui travaillent dans les refuges et les centres de jour afin de prodiguer des soins aux sans-abri et aux individus en logements précaires dans la région du Grand Toronto. L'initiative PEACH a pour objectif d'amener les soins palliatifs interdisciplinaires aux patients représentant une des populations les plus vulnérables et marginalisées, en visitant les patients là où ils se trouvent, peu importe où. Cela signifie deux choses :

1. Geographiquement – Habituellement, dans le cadre des soins palliatifs, on exige que les patients viennent à nous dans les cliniques ou que nous visitions les patients dans leurs lits à la maison, ou dans un lit d'hôpital ou d'hospice afin que l'on puisse leur fournir des soins de fin de vie adéquats. Malheureusement, dans le cas des personnes vulnérables tels que les patients sans abri qui souffrent d'une maladie mentale, ce n'est pas toujours possible. Notre programme mobile basé sur les refuges se déplacera dans la communauté afin d'y rencontrer les patients touchés de maladies graves, où qu'ils se trouvent. En procurant davantage de ressources et de soutiens communautaires à nos partenaires au sein du système des refuges, nous espérons pouvoir répondre aux besoins et préférences de fin de vie de nos patients de telle sorte qu'ils puissent recevoir les soins dont ils ont besoin avec respect et dignité.

2. Médicalement – Pour diverses raisons, l'identification précoce des besoins en soins palliatifs est relativement rare parmi les populations vulnérables. De plus en plus de preuves tendent à montrer que la prestation précoce de soins palliatifs, même dès qu'une personne a reçu un diagnostic de maladie terminale, devrait être une priorité pour tous. Dans le cadre de PEACH, nous avons pour but de répondre aux besoins des patients où qu'ils se trouvent le long de la trajectoire de leur maladie. Nous espérons offrir des soins palliatifs précoces et en amont afin d'assurer que tous les patients y aient accès, et non seulement ceux qui ont été hospitalisés. Ainsi, nous serons plus en mesure de gérer la douleur et les symptômes, de fournir des soutiens psychosociaux et d'adéquatement atteindre les objectifs de soins de ces patients. À notre connaissance, PEACH sera le premier service de ce genre à fournir des soins palliatifs précoces à une population de patients vulnérables.

3. Nous sommes également intéressés à l'éducation axée sur les soins palliatifs et l'itinérance et aimerions devenir une ressource pour les fournisseurs de soins de santé qui s'occuperaient de patients sans abri ou logés de façon précaire. Grâce à ce programme pilote, nous espérons en apprendre plus sur les défis particuliers de la prestation des soins palliatifs aux personnes sans abri et logées de façon précaire, et continuer à élaborer des meilleures pratiques afin de mieux répondre à leurs besoins.

Un programme communautaire d'intervention tel PEACH exige un dévouement, un engagement et des soutiens solides de la part de la communauté des soins palliatifs du Grand Toronto, et nous sommes très heureux de travailler en collaboration avec Toronto Central CCAC, Toronto Grace Health Centre, Temmy Latner Center for Palliative Care de Mount Sinai Hospital et le Palliative Care Unit de St. Michael’s Hospital .

Rediffusé avec la permission de St. Michael's Inner City Health blog.

Université York; Observatoire canadien sur l'itinérance/Rond-Point de l'itinérance
Juillet 02, 2014

Lorsque l'on pense à la santé, un des premiers aspects qui nous viennent à l'esprit est l'accès aux soins de santé et la disponibilité des fournitures médicales. En fait, il s'agit là de deux déterminants de la santé parmi tant d'autres. Les déterminants sociaux de la santé sont définis tels des «conditions socio-économiques qui forment la santé des individus, des communautés et des territoires dans leur ensemble.»

What makes Canadians sick infographic.

Bien que l'environnement (par ex. la qualité de l'air), la biologie (génétique) et l'accès aux soins de santé jouent un rôle important dans la santé, pour bien des Canadiens, comme le montre l'infographique ci-dessus, de simples aspects de leur vie de tous les jours jouent un rôle tout aussi important dans leur santé que les trois facteurs susmentionnés combinés. L'infographique ci-dessus, publié par l'Association médicale canadienne sur la Transformation des soins de santé classe plusieurs déterminants sociaux de la santé dans la catégorie «votre vie», dont le logement et l'itinérance, le statut autochtone et la disponibilité d'aliments sécuritaires et nutritifs. Le statut d'itinérance d'un individu ou d'une famille ou vivre dans une situation de logement d'urgence sont directement liés à sa santé et à sa susceptibilité aux maladies.

Dans Déterminants sociaux de la santé: la réalité canadienne, le docteur Dennis Raphael et le docteur Juha Mikkonen expliquent comment les conditions de vie, telles que l'itinérance ou des logements précaires, jouent un rôle important dans la santé : «Les sans-abri présentent beaucoup plus de problèmes de santé physique et mentale que la population en général. Qui plus est, leur risque de mourir prématurément est de 8 à 10 fois plus grand que le reste de la population.»

Il est important de se rappeler que les déterminants de la santé font souvent l'objet d'une interaction, et cette interaction peut exacerber les problèmes existants. Prenez par exemple les interactions qui existent entre certains des déterminants sociaux dans la catégorie «votre vie», telles que le statut autochtone, le logement et l'itinérance, et la nutrition. Le populations autochtones (particulièrement les jeunes, les minorités sexospécifiques et les groupes urbains) sont surreprésentés au sein de la population des sans-abri au Canada. En 2006, le Recensement a dévoilé que plus de 30 % des Inuits vivaient dans des logements surpeuplés. Ce taux était dix fois supérieur à celui des populations non autochtones. Les peuples autochtones sont également plus susceptibles de ne pas avoir accès à une alimentation adéquate.

La sécurité alimentaire est un indicateur important de santé parmi tous les groupes de population et groupes d'âge. Quarante-et-un pourcent des clients des banques alimentaires sont des enfants en dessous de 18 ans. L'absence d'une nutrition adéquate peut avoir des effets dévastateurs sur les jeunes car ils sont en pleine croissance mentale et physique.

Alors que le secteur de la santé publique grandit et que les recherches dans le domaine s'étendent, les déterminants sociaux de la santé deviennent une mesure de plus en plus importante dans l'étude de la grande gamme de facteurs qui affectent la santé et causent les maladies.

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