Université York; Observatoire canadien sur l'itinérance/Rond-Point de l'itinérance
Juillet 02, 2014

Lorsque l'on pense à la santé, un des premiers aspects qui nous viennent à l'esprit est l'accès aux soins de santé et la disponibilité des fournitures médicales. En fait, il s'agit là de deux déterminants de la santé parmi tant d'autres. Les déterminants sociaux de la santé sont définis tels des «conditions socio-économiques qui forment la santé des individus, des communautés et des territoires dans leur ensemble.»

What makes Canadians sick infographic.

Bien que l'environnement (par ex. la qualité de l'air), la biologie (génétique) et l'accès aux soins de santé jouent un rôle important dans la santé, pour bien des Canadiens, comme le montre l'infographique ci-dessus, de simples aspects de leur vie de tous les jours jouent un rôle tout aussi important dans leur santé que les trois facteurs susmentionnés combinés. L'infographique ci-dessus, publié par l'Association médicale canadienne sur la Transformation des soins de santé classe plusieurs déterminants sociaux de la santé dans la catégorie «votre vie», dont le logement et l'itinérance, le statut autochtone et la disponibilité d'aliments sécuritaires et nutritifs. Le statut d'itinérance d'un individu ou d'une famille ou vivre dans une situation de logement d'urgence sont directement liés à sa santé et à sa susceptibilité aux maladies.

Dans Déterminants sociaux de la santé: la réalité canadienne, le docteur Dennis Raphael et le docteur Juha Mikkonen expliquent comment les conditions de vie, telles que l'itinérance ou des logements précaires, jouent un rôle important dans la santé : «Les sans-abri présentent beaucoup plus de problèmes de santé physique et mentale que la population en général. Qui plus est, leur risque de mourir prématurément est de 8 à 10 fois plus grand que le reste de la population.»

Il est important de se rappeler que les déterminants de la santé font souvent l'objet d'une interaction, et cette interaction peut exacerber les problèmes existants. Prenez par exemple les interactions qui existent entre certains des déterminants sociaux dans la catégorie «votre vie», telles que le statut autochtone, le logement et l'itinérance, et la nutrition. Le populations autochtones (particulièrement les jeunes, les minorités sexospécifiques et les groupes urbains) sont surreprésentés au sein de la population des sans-abri au Canada. En 2006, le Recensement a dévoilé que plus de 30 % des Inuits vivaient dans des logements surpeuplés. Ce taux était dix fois supérieur à celui des populations non autochtones. Les peuples autochtones sont également plus susceptibles de ne pas avoir accès à une alimentation adéquate.

La sécurité alimentaire est un indicateur important de santé parmi tous les groupes de population et groupes d'âge. Quarante-et-un pourcent des clients des banques alimentaires sont des enfants en dessous de 18 ans. L'absence d'une nutrition adéquate peut avoir des effets dévastateurs sur les jeunes car ils sont en pleine croissance mentale et physique.

Alors que le secteur de la santé publique grandit et que les recherches dans le domaine s'étendent, les déterminants sociaux de la santé deviennent une mesure de plus en plus importante dans l'étude de la grande gamme de facteurs qui affectent la santé et causent les maladies.

@homelesshub @McVeighWard14 Pourquoi? Une explication s'impose.

— Laurent Beaulieu (@lnb1956) 25 mai 2014

Pourquoi?

La réponse la plus simple est que la transphobie et l'ignorance règnent dans la plupart des milieux institutionnels, et en particulier dans le système des refuges. Les règlements et les politiques institutionnels qui ne prennent pas les personnes trans en considération finissent souvent par les éliminer complètement.

Et maintenant l'explication

Il est généralement accepté que certains refuges ne sont pas sécuritaires pour les personnes trans. Les jeunes transgenres sont souvent rejetés par les refuges en raison de leur identité sexuelle et régulièrement interdits d'accès par le refuge adapté au sexe auquel ils s'identifient parce que les refuges ne se sentent souvent pas équipés pour soutenir les jeunes trans. Cela force les jeunes trans à séjourner dans des refuges qui ne sont pas compatibles avec leur identité sexuelle ou à simplement éviter le système des refuges.

Les jeunes transgenres font face à des taux de discrimination plus élevés que n'importe quel autre groupe de jeunes. Les agences au service des jeunes sans abri à Toronto ont rapporté de grandes difficultés à soutenir les jeunes trans. La plupart des refuges pour les sans-abri sont ségrégés selon le sexe, ce qui signifie qu'il existe des refuges pour les hommes et des refuges pour les femmes, et que les refuges mixtes ont des étages séparés pour les hommes et les femmes. L'étage où une personne sera placée aura plus à voir avec la perception qu'a le personnel du sexe de cette personne et moins avec la façon dont un individu s'identifie en réalité, ce qui bien entendu pose un gros problème dans la mesure où tous les individus n'ont pas forcément une identité sexuelle conforme au sexe qui leur a été attribué à la naissance. Par exemple, si des personnes se présentent comme des personnes sexuellement plus ambiguës, quel que soit le sexe perçu par le membre du personnel, ce qui importe est l'étage où elles seront placées. De surcroît, lorsqu'il n'y a qu'une toilette pour les hommes ou pour les femmes, un étage spécifique pour les femmes ou pour les hommes, et quand les formulaires d'admission forcent les gens à s'identifier soit comme un homme ou une femme, toute identité qui ne s'inscrirait pas dans ces deux catégories bien précises n'est pas inclue, et si elle n'est pas inclue, on la considère inexistante.

La séparation des genres dans les refuges augmente le risque de discrimination et de violence sexuelles dans ces refuges. Elle crée aussi des obstacles importants à l'accès pour les genderqueer, les individus sexuellement non-conformistes et les individus qui n'en sont qu'aux premières étapes de leur transition. Le personnel des refuges a tendance à ne recevoir qu'une formation réduite en ce qui concerne les questions reliées aux transitions, aux besoins et à la terminologie. Le personnel ne comprend pas souvent l'importance de demander aux jeunes quel pronom et nom ils préfèrent, ou que les personnes trans peuvent aussi s'identifier comme hétérosexuelles et qu'elles ne s'inscrivent pas toujours dans la catégorie lesbienne, gay, bisexuelle et queer (LGBQ). Certains refuges ont même des règlements concernant le «code vestimentaire approprié à un sexe précis».

Vous vous demandez peut-être :

Pourquoi les jeunes trans ne séjournent-ils pas dans un refuge qui n'est pas approprié à leur identité sexuelle? Est-ce si difficile?

Forcer des individus à se classer dans un genre avec lequel ils ne s'identifient pas est transphobique, et la transphobie a de sérieuses conséquences sur la vie des gens trans. Cela est néfaste émotionnellement, psychologiquement, mentalement et physiquement. La transphobie a un impact négatif sur la santé et le bien-être des jeunes et conduit à de plus fortes chances de développer des habitudes telles que l'abus de substance et l'automutilation.

La transphobie mène au suicide.

Une importante étude canadienne intitulée TransPULSE, qui a enquêté sur la santé et les personnes trans en Ontario a révélé que 77 % des personnes trans avaient sérieusement envisagé le suicide, et que 45 % l'avait tenté. Les conclusions étaient que les jeunes trans courent les plus grands risques de tendances suicidaires.

Les City of Toronto shelter standards stipulent : «Tous les refuges seront accessibles aux résidents transgenres/transsexuels/doubles-esprits (TS/TG/2-S) par respect pour leur sexe auto défini, et les refuges devront travailler de manière à améliorer leur accès à ce groupe. Les refuges soutiendront le choix des résidents TG/TS/2-S à avoir accès aux services dans le genre qui leur semblera garantir au mieux leur sécurité». Cependant, les jeunes transgenres/transsexuels de femme à homme (FTM) sans-abri ont des besoins distincts auxquels le système de refuges de Toronto ne répond pas. Le FTM Safer Shelter Project – un projet de recherche communautaire enquêtant sur l'itinérance et l'accès aux refuges parmi les FTM de Toronto a révélé que le système de refuges actuel a été décrit par les FTM comme dangereux pour les transhommes. Les participants FTM ont déclaré ne pas se sentir bienvenus ni dans les refuges pour hommes, ni dans les refuges pour femmes, et que les politiques et pratiques du système des refuges leur semblaient humiliantes. Parmi les recommandations importantes émanant de l'étude figurait un appel voulant que la Ville de Toronto subventionne immédiatement des services de refuges spécialisés et une réserve des lits pour les FTM, ainsi qu'aux autres hommes vulnérables ou risquant d'être victimes de violence.

La discrimination contre les femmes transgenres dans les rues et le système des refuges est très commune. The Coming Together Project – un projet artistique communautaire d'action participative a mené une enquête pour savoir comment les femmes itinérantes trans et cis genres de Toronto établissaient un réseau de soutien entre elles. L'étude a révélé que les femmes trans et cis genres étaient surreprésentées parmi la population itinérante et couraient des risques élevés de violence et de traumatisme, et par conséquent, essayaient d'établir des réseaux de soutiens sociaux comme source de protection et de défense au sein du système de refuges. Cette étude a aussi découvert que les transfemmes en particulier subissaient une marginalisation et discrimination sévères dans le système des refuges et dans la rue en raison de leur identité de genre, sexuelle, raciale, sociale et de leur âge. Les transfemmes ont révélé se sentir marginalisées au sein des services de soutiens et éprouvaient souvent la nécessité de «se soumettre à des normes de féminité élevées afin de recevoir les mêmes services que ceux reçus par les femmes non trans.»

Malheureusement, les refuges ne sont pas toujours accessibles aux résidents transgenres, transsexuels et doubles-esprits au nom de leur genre auto déclaré. Les jeunes transgenres et transsexuels se voient souvent refuser l'accès des refuges en raison de leur identité sexuelle. Quelles que soient les normes et les politiques du refuge, les membres du personnel ont de plus grandes difficultés avec l'accès aux services des personnes trans. Ce qui suit provient de la description d'une jeune femme de ce que cela signifie de naviguer dans le système des refuges :

Ils utilisent uniquement votre carte d'identité pour vous placer à un étage à genre spécifique, quoi que dise votre carte, où que vous en soyez avec votre transition. Imaginez que vous êtes une femme trans qui a reçu une opération chirurgicale des parties génitales et tout ça, et que vous vous retrouvez à l'étage des hommes. C'est aussi contre les standards du Toronto Hostel. Quand je suis arrivée ici, ils ont refusé mon nom, m'ont forcée à mettre des habits de l'autre genre et se sont systématiquement opposés à tout ce que je faisais pour résoudre ces problèmes (jeune sans abri de 23 ans).

Les jeunes trans en particulier ont rapporté des obstacles aux services de soutien et professionnels, y compris les refuges et les services de soins de santé qui sont souvent apportés dans les refuges. Il est crucial que les jeunes trans aient accès à des professionnels des soins de santé ayant une connaissance parfaite des questions reliées au transgendrisme et aux soins de santé en rapport avec la transition. Les besoins en soins de santé des jeunes transgenres diffèrent de ceux des jeunes cisgenres, qu'ils soient sans abri ou non. Par exemple, ces besoins peuvent inclure une opération chirurgicale reliée à la transition, des changements de nom, et l'identification qui va avec leurs nouveaux noms, ainsi que les hormones, qui requièrent une surveillance particulière, et des examens sanguins réguliers. La complexité de ces besoins s’intensifie quand on est itinérant, sans argent, sans assurance santé ou sans réseau de soutien. Le manque de services de soins de santé spécialisés pour les jeunes transgenres fait que souvent, les jeunes se tournent vers des fournisseurs illégaux de traitements reliés à la transition (hormones, injections de silicone), ce qui peut entraîner de graves complications.

Des problèmes institutionnels et systémiques profonds existent au sein du système des refuges concernant l'accès des trans aux refuges. Les travailleurs et la direction des refuges ne suivent pas de manière rigoureuse les règlements ni les politiques, et ne reçoivent pas de formation de sensibilisation aux trans. Il y a un manque fondamental de reconnaissance de l'existence des personnes trans dans le système des refuges en partie en raison de leur oblitération institutionnelle, ce qui signifie que l'institution élimine les personnes trans en les excluant des formulaires, des programmes, des rapports et des statistiques essentiels.

Les solutions à ces problèmes incluent des changements aux pratiques et aux politiques. Mais d'abord et avant tout, les gens devraient être respectés et traités pour leur genre auto identifié. Par exemple, si quelqu'un affirme s'identifier comme masculin, il faut s'adresser à cette personne avec des pronoms masculins. Si une personne affirme qu'elle s'identifie comme une femme, adressez-vous à elle avec des pronoms féminins. Si quelqu'un affirme s'identifier comme genderqueer et préfère des pronoms de genre neutre, adressez-vous à cette personne de manière neutre.

Votre refuge a-t-il une toilette pour genre neutre? Si non, vous pouvez facilement convertir une toilette à occupation individuelle en une toilette pour genre neutre en remplaçant les panneaux des silhouettes hommes et femmes par un panneau incluant tous les genres. Prendre le temps d'écouter les opinions et les besoins des jeunes trans aidera les prestataires de services à créer des services sûrs, accessibles et favorables aux jeunes trans et de genre non-conforme.

Unissons nos efforts pour mettre fin à la transphobie.

Ressources :

LGBT Youth Line – 1-800-268-9688, www.youthline.ca
Supporting Our Youth (SOY) – www.soytoronto.org
Centre de formation de Toronto Hostels – http://thtcentre.com/
Trans Awareness Training – http://www.the519.org


Comment devenir un allié des trans :
http://lgbcenter.ucdavis.edu/lgbt-education/trans-ally-tips
http://transwhat.org/allyship/
http://www.glaad.org/transgender/allies

Université York; Observatoire canadien sur l'itinérance/Rond-Point de l'itinérance
Juin 10, 2014

La grande nouvelle de cette semaine était l'installation de pics en métal à l'extérieur d'un nouveau complexe de logements luxueux à Southwark (sud-centre de Londres), en Angleterre, apparemment après qu'un sans-abri y ait dormi il y a quelques semaines. Des photos et des commentaires sur les pics ont très vite circulé sur Twitter, Facebook et autres médias sociaux.

‘Anti-homeless studs’ outside 118 Southwark Bridge Road, London.

Mon ami le Révérant Jim Houston a dit: «Ce qui a été vraiment extraordinaire dans cette histoire, c'est l'indignation générale qui a été soulevée au nom des sans-abri contre l'utilisation d'une telle architecture défensive.» L'architecture disciplinaire ou défensive fait souvent surface lorsque des communautés (entreprises, résidents, police, etc.) se plaignent de l'utilisation d'espaces publics par des personnes qu'ils estiment être des nuisances. C'est cette façon de penser qui mène souvent à des lois qui criminalisent les personnes qui vivent l'itinérance, en ayant recours aux contraventions, aux règlements municipaux sur l'utilisation des espaces (interdiction de dormir dans les parcs, règlements sur la mendicité) ou même en s'attaquant à l'alimentation des personnes qui ont faim. Comme l'affirme Jim, la réaction aux pics à Londres est inhabituelle, car contrairement à l'attitude «pas dans ma cour» concernant les sans-abri, une multitude de personnes protestent et affirment que cette pratique est invasive et inhumaine (un sentiment récurrent était que cela rappelait les techniques repousse-pigeons.)

L'architecture disciplinaire ou défensive comprend toute structure dont le but est d'exclure certaines utilisations ou d'empêcher certains groupes ou certaines personnes d'utiliser ladite structure. Par exemple, le design de bancs qui sont en pente (on peut s'y appuyer pour se reposer mais on ne peut pas s'y asseoir), des bancs dotés de séparations pour qu'on ne puisse pas s'y allonger et des sièges d'abribus très étroits. D'autres méthodes comprennent la diffusion de grands bruits toute la nuit dans les lieux où les itinérants se rencontrent, ou continuellement nettoyer les bords de fenêtres, les trottoirs, les bancs, etc. Ces méthodes sont également utilisées pour empêcher les planchistes d'utiliser les espaces publics.

Pay & Sit: The Private Bench by Fabian Brunsing

Les pics n'ont rien de nouveau. On les trouve devant les magasins et les entreprises.

Si l'on fait une recherche un peu plus approfondie sur l'Internet, on trouve des pics en béton sous un pont et même un concept de banc pour lequel il fallait payer l'utilisation et dont les pics disparaissent si l'on y insérait de l'argent – je ne voudrais pas m'oublier dans un bon livre, ça risquerait de faire mal!

Trêve de plaisanterie, ces pics incitent à réfléchir à un plus grand problème : comment les personnes logées et les itinérants qui dorment à la dure peuvent-ils partager leur espace dans la société?

Nous aimons beaucoup les bancs conçus par Spring Advertising pour Rain City Housing il y a quelques mois de cela. Ils attirent très efficacement l'attention sur cet enjeu.

Un banc se transforme en abri (bien plus utile que les pics!), et l'autre utilise une peinture fluorescente pour afficher différents messages durant la nuit et durant la journée.

(Caption:)

Rain City Housing offre des habitations spécialisées et des services de soutien aux sans-abri. Afin de communiquer leur message, ils ont créé un banc qui se transforme en abri temporaire pour ceux qui en ont désespérément besoin. Lorsque le toit est relevé, l'adresse de Rain City Housing apparait à l'intérieur accompagnée du message «Trouvez un refuge ici».

Bench transforms into a temporary shelter. When the roof is up Rain City Housing's address is posted on the inside along with the message "Find a home here". Spring Advertising

Une sculpture de la rue créée par Timothy P. Schmalz montrant le Christ en tant que personne itinérante a également suscité de grands débats. Une statue de bronze de Jésus dormant sur un banc a été rejetée par plusieurs églises de Toronto et New York avant de trouver une place à Regis College, malgré qu'une version en bois de la même statue avait été bien reçue par le Pape François au Vatican. La même statue a fait controverse à Davidson, Caroline du Nord lorsqu'elle avait été située à l'extérieur de la St. Alban's Episcopal church. Le voisin, Jerry Dawson avait écrit dans une lettre :

Ma plainte n'a rien à voir avec la valeur de l'œuvre d'art ou de sa signification. C'est plutôt au sujet des gens qui viennent dans notre jolie ville raisonnablement huppée et voient cet horrible sans-abri couché sur un banc de parc. C'est aussi désagréable de se promener le soir et de marcher à proximité de cette sinistre Faucheuse. C'est l'impression que donne cette sculpture. J'ai déjà enjambé des sans-abri à New York qui dormaient sur le trottoir et je n'ai jamais été aussi effrayé que lorsque je passe à côté de cette sculpture.

Cette lettre se passe de commentaires.

Si la réaction est telle pour une simple statue, la réaction de Southwark face à un sans-abri en chair et en os n'est pas étonnante. Le réflexe «pas dans ma cour» se porte bien. Il nous incombe à tous d'en parler et de se faire entendre. Si nous ne voulons pas voir de personnes itinérantes dans nos rues, alors il faut faire le nécessaire pour éliminer l'itinérance; eux aussi préfèreraient avoir un chez-soi et rentrer chez eux. Il faut davantage de logements abordables (soit en en construisant de nouveaux ou en offrant des suppléments au loyer). Il faut mettre sur pied des programmes qui soutiennent les besoins des individus qui emménagent dans ces logements (surtout en ce qui a trait aux programmes Logement d'abord). Il ne faut pas pénaliser ou criminaliser les gens parce qu'ils sont sans abri. Il faut améliorer la planification de sortie des établissements hospitaliers et correctionnels. Il faut aussi offrir un soutien aux jeunes qui n'ont plus accès aux soins et services d'aide à l'enfance en raison de leur âge.

Crédits photographiques : Andrew Horton/Worldview Media, Geekosystem, Spring Advertising.

Université York; Observatoire canadien sur l'itinérance/Rond-Point de l'itinérance
Janvier 10, 2014

Cher Rond-point de l'itinérance,
Quelle ville du Canada compte le plus de sans-abri par habitant, et pourquoi?
Patricia L.
Toronto, Ontario


En l'absence d'un décompte ponctuel national, il est impossible de faire un rapport exact du nombre de sans-abri. Nous devons nous reposer sur des estimations et devons nous fier à ces villes qui recensent ou estiment leurs populations de personnes vivant l'itinérance.

Dans l'État de l'itinérance au Canada 2013 nous avons estimé qu'il y avait 200 000 sans-abri durant toute année donnée, et 30 000 toute nuit donnée. Nous croyons également que la catégorie de l'itinérance cachée pourrait compter jusqu'à 50 000 personnes. De plus, nous avons rapporté que selon un sondage Ipsos Reid mené en mars 2013, environ 1,3 million de personnes ont déclaré avoir vécu l'itinérance ou un problème de logement extrêmement précaire à un moment donné au cours des cinq dernières années.


En 2013, le Secrétariat des partenariats de lutte contre l'itinérance a publié «L'étude nationale sur les refuges 2005-2009» par Aaron Segaert. Cette étude a révélé qu'il y a environ 150 000 usagers des refuges chaque année. En 2009, 147 000 personnes ont passé au moins une nuit dans un refuge, soit 1 canadien sur 230. Nous savons cependant que le taux est bien supérieur, car l'étude de Segaert ne comprenait pas ceux qui vivaient sans abri dans les rues, les femmes et les enfants les refuges pour femmes victimes de violence, les refuges pour immigrants/réfugiés, les foyers de transition, etc. Vous pouvez trouver de plus amples renseignements sur les différents types de sans-abri dans la Définition canadienne de l’itinérance.


Comme vous pouvez le constater dans le tableau ci-dessus provenant de notre rapport, l'itinérance n'est pas la même partout au pays. Manifestement, à titre de plus grande ville du Canada, Toronto a aussi le plus grand nombre de sans-abri. Toronto attire aussi des populations spécifiques telles que les jeunes jeunes LGBT qui se rendent dans les grandes villes pour y trouver la sécurité dans leur identité d'orientation sexuelle.

Bien que les chiffres de Toronto soient les plus élevés, ce ne sont pas les plus élevés par habitant; ce «privilège» revient à Red Deer avec 0,31 % comparé à 0,19 % pour Toronto. Lethbridge et Saskatoon ont les chiffres les plus bas avec 0,12 % alors que Calgary se classe en seconde place avec 0,29 %, suivi par Vancouver et Edmonton à 0,27 %, et Kelowna à 0,24 %. Tous ces chiffres ne représentent bien sûr que des fractions de la population totale. Mais dans tous les cas, le nombre de sans-abri est beaucoup plus important que le nombre de lits disponibles dans les refuges d'urgence de la ville en question.

Les raisons pour lesquelles quelqu'un devient sans-abri varient d'une personne à l'autre et peut inclure une crise familiale (divorce, séparation, expulsion du foyer), sortie du système d'aide à l'enfance, histoire d'ancien combattant/de militaire, expulsion du logement, problèmes de santé mentale ou de toxicomanie, perte ou insuffisance d'emploi, revenu insuffisant, taux de prestations d'aide sociale, d'avantages et de salaires gouvernementaux trop bas et désastres (naturels, incendie de la maison). Dans de nombreux cas, les causes sont systémiques (manque de revenu/manque de logement abordable) contrairement à une cause individuelle de comportement.

Il est aussi important de voir qui est sans-abri si l'on veut déterminer pourquoi quelqu'un l'est.

47.5% single adut makes between 25&55 years old.

Young people aged 16-24 make up about 20% of the homeless population.

Dans son étude, Segaert a découvert que le taux de prévalence chez les jeunes (entre 16 et 24 ans) était très semblable à celui des hommes sans abri, bien qu'il y ait davantage d'hommes sans abri. Cela revient à dire qu'au Canada, 308 jeunes sur 100 000 sont sans abri. De même, il y a 310 adultes sans abri entre 25 et 55 ans pour tous les 100 000 hommes adultes au sein de la population canadienne. De plus, Segeart a découvert qu'environ 30 000 jeunes entre 16 et 25 ans ont été sans abri en 2009 et un autre 1 500 (1 % de la population totale des sans-abri) étaient constitués de jeunes de moins de 16 ans non accompagnés. Près de 10 000 enfants ont fréquenté les refuges en 2009 (sans compter ceux qui séjournaient dans les refuges pour femmes victimes de violence).

Cette publication fait partie de notre série de blogues du vendredi «Demandez au Rond-point». Vous avez une question en rapport avec l'itinérance et vous voudriez une réponse? Envoyez-nous un courriel à thehub@edu.yorku.ca et nous vous apporterons une réponse basée sur la recherche.

Université York; Observatoire canadien sur l'itinérance/Rond-Point de l'itinérance
Août 16, 2013

Cher Rond-point,

J'entends toujours des réponses partagées lorsque les gens se demandent si on devrait donner de l'argent aux sans-abri dans la rue. Certains disent que ça ne fait qu'alimenter une toxicomanie. Quelle est la meilleure façon d'aider les sans-abri dans la vie de tous les jours?

Alex Flint
Toronto, Ontario

Cher Alex,

Il s'agit là d'une question qu'on m'a souvent posée lorsque j'enseignais un cours sur l'Itinérance dans la société canadienne à l'Université Ryerson à Toronto. Ma réponse était toujours la même : «C'est votre choix, mais il faut avoir la décence de regarder les sans-abri dans les yeux et de reconnaître leur existence.»

Cela semble simple, mais en réalité, bon nombre de gens qui mendient sont complètement ignorés, on les injurie, on les harcèle et ils sont victimes de vols et d'agressions. Lorsque quelqu'un les regarde dans les yeux et les reconnaissent en tant que personne, cela affirme qu'ils existent.

Personnellement, je ne leur donne pas souvent de l'argent, mais je le fais parfois. Lorsqu'on vit dans un milieu urbain, il se peut qu'on passe à côté de plusieurs personnes qui mendient au courant d'une balade en ville. Aussi, je préfère ne pas sortir mon porte-monnaie en plein milieu d'un trottoir – non pas parce que je me méfie du mendiant, mais plutôt pour éviter les voleurs de sacs à main opportunistes. Donc, tout dépend si j'ai de l'argent dans mes poches ou non.

Pour en revenir à la question «Est-ce que je devrais donner de l'argent?», je dis à mes élèves que c'est une question de choix – de choix personnel. Si vous décidez de donner de l'argent à un mendiant, vous ne pouvez pas contrôler comment l'argent sera dépensé. Lorsque je donne un pourboire dans un restaurant, je ne peux pas contrôler si le serveur va utiliser cet argent pour acheter de la nourriture ou payer son loyer. L'argent est à eux et ils décident comment l'utiliser.

homeless sitting on the sidewalk

Si vous avez peur que l'argent soit utilisé pour acheter de l'alcool ou des drogues, vous avez d'autres options :

  1. Donnez l'argent à un organisme qui travaille avec les personnes qui vivent l'itinérance.
  2. Achetez un journal de la rue.
  3. Achetez une carte-cadeau pour du café ou de la nourriture.
  4. Utilisez cet argent pour faire un don à une banque alimentaire.

Beaucoup de gens demandent s'il est préférable d'acheter de la nourriture au lieu de donner de l'argent, et ici aussi, le choix revient au mendiant. Je suis très difficile en ce qui concerne mes aliments; j'aurai du mal à accepter de la nourriture d'un inconnu dans la rue de peur qu'elle ne soit pas sécuritaire ou mangeable, et peut-être qu'elle ne sera pas à mon goût. La plupart d'entre nous aiment choisir ce qu'on mange et quand. Vous préférerez peut-être donner un café à un sans-abri plutôt que de l'argent, mais si c'est le cinquième café qu'on lui a donné dans les vingt dernières minutes, il y a des chances qu'il le refuse.

Une partie du cours de Ryerson comprend une occasion organisée et menée de façon sécuritaire pour les étudiants de mendier eux mêmes. L'argent est donné à une agence qui œuvre dans le domaine de l'itinérance ou les étudiants peuvent donner l'argent directement à une personne qui mendie.

Voici les réactions de certains des étudiants sur l'expérience :

Shannon Kaloczi a affirmé que l'expérience n'a pas changé le montant qu'elle donne, mais a affecté la façon dont elle traite les sans-abri.

Avant [le cours], je pense que j'étais naïve et je ne savais pas à quel point cela pouvait être difficile de mendier. Maintenant, je ne passe jamais devant un mendiant sans au moins lui sourire. Lorsque notre professeur nous a fait faire l'exercice, le plus dur était d'être traités comme si nous n'existions pas, donc maintenant, j'essaie d'éviter que les gens ne se sentent comme ça.

Emerald Lacaille a eu une expérience semblable. Elle nous dit :

Je crois que la plus grosse différence depuis que j'ai pris le cours est que je traite les gens différemment comparé à avant. Je souris, je dis bonjour et je fais ce que je peux pour les aider lorsque l'occasion se présente, lorsque je pense qu'il n'y a pas de danger. Maintenant je vois les sans-abri comme des membres de la communauté plutôt que «les autres». Je les traite comme je traiterais toute autre personne que je rencontre dans la rue. Je doute qu'une personne peut aider tout le monde, mais je pense que tout le monde peut aider au moins une personne.

Les sentiments de Stephanie Teppo sont similaires :

Je donne toujours de l'argent ou de la nourriture comme je l'ai toujours fait. Je donne toujours ce que je peux. Ce qui a changé, c'est que je suis plus à l'aise et j'ai plus de facilités à engager une conversation et a interagir avec les sans-abri. Chacun a son histoire : s'ils veulent partager leur histoire avec moi, je serais heureuse de les écouter.

Aperçu sur la mendicité :

Un rapport de 2002 publié dans le Canadian Medical Association Journal et intitulé Income and Spending Patterns Among Panhandlers (Profils des revenus et des dépenses parmi les mendiants), a partagé les résultats d'entrevues auprès de 54 mendiants de Toronto. On a découvert que bien que tous aient été sans-abri à un moment donné durant leur vie, seulement 65 % d'entre eux étaient actuellement sans abri. 24 % possédaient leur propre chambre ou appartement, mais avaient besoin de mendier pour gagner un revenu supplémentaire.

Le rapport indique également que leur plus grande dépense était la nourriture, et que pour un quart des mendiants qui louaient une chambre ou un appartement, toute perte de revenu pouvait facilement mener à l'itinérance.

Un rapport de recherche publié il y a quelques années par le Institute of Urban Studies de l'Université de Winnipeg intitulé Does Panhandling Provide a Living? (La mendicité procure-t-elle un revenu vital?) s'est penché sur la situation des mendiants de Winnipeg et a révélé que parmi ceux qui évaluaient leurs revenus quotidiens de mendicité, 40 % ont affirmé avoir rapporté entre dix et trente dollars par jour, et 38 % ont indiqué avoir rapporté plus de trente dollars par jour. Seulement 22 % ont affirmé avoir rapporté plus de cinquante dollars par jour.

Un commentaire du rapport en dit long : «Lorsqu'on pose la question 'Et si la mendicité n'était pas une option?', 27 % n'avaient pas de réponse. Ils semblaient être entièrement perplexes. Un autre 17,5 % a exprimé qu'ils ne seraient pas capables de faire quoi que ce soit d'autre et qu'ils souffriraient de la faim. Cela porte à croire que pour près de la moitié des personnes interrogées, la mendicité est leur dernière option ou leur dernier recours.»

La mendicité fait aussi l'objet d'une intense criminalisation de la pauvreté et de l'itinérance. Dans le rapport The Expressive Liberty of Beggars: Why it matters to them, and to us (La liberté expressive des mendiants : pourquoi c'est important pour eux, et pour nous) publié par Le centre canadien de politiques alternatives, la question de la mendicité en tant que signe que quelqu'un ne sait plus quoi faire est mentionné : «Il s'agit d'un dilemme moral lorsqu'au vingt-et-unième siècle, au Canada, cela puisse être un délit quand une personne demande de l'aide à une autre personne de manière pacifique dans un endroit public. C'est pourtant le résultat de la loi 128/5005.1 de la ville de Winnipeg. D'autres villes canadiennes et américaines ont adopté des lois semblables, et un nombre croissant de jurisprudences au Canada et aux États-Unis montrent que la criminalisation de la mendicité a pris la forme d'un champ de bataille. Sur ce champ de bataille, il y a des conflits de valeurs divergentes : 'hygiène' sociale contre la liberté d'expression; le malaise des classes moyennes contre le besoin économique de la sous-classe marginalisée; intérêts commerciaux des propriétaires de commerces du centre-ville contre le droits des mendiants de demander des moyens de subsistance.»

Si vous désirez en apprendre davantage sur la mendicité, vous pouvez consulter l'article du Rond-point : Mendicité, Spectacles de la rue et Squeegeeing.

Tanya Gulliver-Garcia est une coordonnatrice de recherche pour l'Observatoire canadien sur l'itinérance basée à l'Université York. L'OCI œuvre à la mobilisation des résultats de recherches afin qu'elles aient un plus grand impact sur l'élimination de l'itinérance au Canada. Tanya est aussi une étudiante en doctorat à la Faculté des études environnementales de l'Université York avec un intérêt particulier dans la résilience des collectivités et le rétablissement après des désastres catastrophiques. De 2003 à 2010, Tanya a enseigné un cours sur l'Itinérance dans la société canadienne à l'Université Ryerson, a travaillé au sein de l'équipe de gestion et du personnel du Toronto Disaster Relief Committee, et est co-fondatrice du Toronto Homeless Memorial.

En voir plus à : http://homelesshub.ca/blog/ask-hub-panhandling#sthash.Zqy1MXnq.dpuf

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