Les Canadiens sans abri reçoivent-ils les soins de santé dont ils ont besoin? Le citoyen moyen pourra présumer que la réponse à cette question est «oui», en raison du système d'assurance maladie universelle qu'offre le Canada. En fait, presque toutes les études précédentes sur les besoins de soins de santé non satisfaits parmi les itinérants ont été effectuées aux É.-U. où plus de la moitié des sans-abri n'ont aucune assurance santé. Il n'est donc pas surprenant que ces études ont révélé que le manque d'assurance maladie augmente le risque de besoins de soins non satisfaits. Il est incroyable que presque aucune étude ne se soit penchée sur ce problème dans des pays veillant à ce que ses citoyens et résidents possèdent une assurance maladie universelle.

Nous avons récemment publié une étude dans le American Journal of Public Health qui examinait les besoins de soins de santé non satisfaits parmi les sans-abri de Toronto, au Canada. Nous avons enquêté auprès d'un échantillonnage représentatif de 1169 individus sans abri dans des refuges et des programmes de repas, et nous leur avons demandé si au cours de l'an passé ils avaient eu besoin de soins de santé et avaient été incapables d'en recevoir. Dix-sept pourcent des sans-abri – environ un sur six – ont rapporté ne pas avoir été soignés. Les mères avec enfants vivant dans des refuges familiaux couraient deux fois plus de risques de ne pas être soignées que les mères de famille moyenne avec enfants vivant à Toronto. Parmi les sans-abri que nous avons interrogés, les plus jeunes et ceux qui avaient été victimes d'agressions physiques au cours de l’année passée avaient plus de risques de ne pas avoir été soignés.

Ces résultats nous montrent que le système d'assurance maladie universelle du Canada ne répond pas aux besoins en soins de santé des sans-abri de façon considérable. Cependant, il faut réaliser deux choses. Premièrement, ces résultats ne devraient pas nous faire croire que notre système d'assurance maladie universelle est «brisé» ou «ne fonctionne pas». En fait, une autre étude récente a posé presque la même question que nous à des sans-abri partout aux É.-U. et a découvert que 32 % des participants avaient été incapables d'obtenir des soins médicaux ou chirurgicaux au cours de l'an passé. Le taux de besoins non satisfaits parmi les sans-abri du système canadien est par conséquent à peu près la moitié de celui des sans-abri aux É.-U. L'assurance maladie universelle fonctionne!

Deuxièmement, notre étude souligne l'importance de comprendre la différence entre un système d'assurance maladie et un système de prestation de soins de santé. Lorsque les gens sont défavorisés et marginalisés, il ne suffit pas de dire que leurs soins de santé seront pris en charge et qu'il ne faut pas s'en faire. Nous devons réaliser qu'il peut y avoir de nombreux obstacles à franchir pour obtenir les soins nécessaires, comme ne pas avoir de médecin de famille, de transport jusqu'à la clinique ou au cabinet du médecin, ne pas comprendre quand il est important de se faire soigner, ou hésiter à se faire soigner en raison d'expériences négatives précédentes avec des prestataires de soins de santé. Tous ces facteurs, et plus encore, entrent en jeu lorsqu'une personne est itinérante.

Nous devons continuer a créer des systèmes de prestation de soins de santé qui répondent aux besoins des sans-abri. Certaines des stratégies les plus prometteuses incluent la collaboration d'équipes de prestataires de soins de santé dans des centres d'aide tels que les refuges, les centres d'accueil et les unités de santé mobiles; accroître la capacité de nos nombreux extraordinaires centres de santé communautaires pour qu'ils apportent des soins complets aux patients sans abri; intégrer la prestation de soins physiques, mentaux et d'aide aux toxicomanes; et éduquer et responsabiliser les individus sans abri pour les aider à améliorer leur propre santé.


La nomination principale de Stephen Hwang est au département de médecine de l'Université de Toronto, avec des nominations conjointes aux départements des sciences de la santé publique et de la politique, de la gestion et de l'évaluation de la santé. Sa recherche vise à approfondir notre compréhension de la relation entre l'itinérance, le logement et la santé grâce à des études épidémiologiques, la recherche sur les services de santé et des études de cohorte longitudinales. Ses projets de recherche actuels incluent une étude de l'utilisation de facteurs de prédiction de soins de santé auprès d'un échantillonnage représentatif de 1200 hommes, femmes et familles sans abri de Toronto, une étude des obstacles à la gestion des douleurs chroniques parmi les sans-abri, et une étude des effets d'un programme de logement supervisé sur la santé et les soins de santé parmi les sans-abri et les individus difficiles à loger.

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