Une intervention novatrice auprès des femmes en état d’itinérance : l’approche relationnelle de La rue des Femmes

Une intervention novatrice auprès des femmes en état d’itinérance : l’approche relationnelle de La rue des Femmes

Actuellement, des femmes qui ont vécu de graves traumatismes causés par la violence, l’abus, le rejet depuis leur plus tendre enfance, sont à risque important de se retrouver à l’âge adulte en « état » d’itinérance (ce terme est ici employé selon l’entendement de La rue des Femmes (LRDF, ci-après) afin de circonscrire un état subjectif de la femme itinérante, plutôt que de mettre l’accent sur la problématique perçue de l’extérieur, telle l’absence de domicile fixe). L’itinérance rend ces femmes particulièrement vulnérables, dès lors qu’elles exacerbent ainsi le risque de se retrouver de nouveau dans des situations d’abus, de victimisation, de provoquer ou d’exacerber des troubles de santé mentale et de toxicomanie (Gaetz, Donaldson, Richter et Gulliver, 2013a). Dans la compréhension qu’a LRDF de la problématique de ces femmes, ces traumatismes atteignent leur « santé relationnelle », au sens où ils sont extrêmement destructeurs de leur capacité d’être en lien avec elles-mêmes et avec les autres, avec des impacts importants sur leur santé physique et mentale. Si la dimension relationnelle de l’itinérance a déjà été reconnue comme prédominante par certains travaux – notamment par un rapport du Conseil du statut de la femme (CSF, 2012), par notre groupe de recherche, le GRIJA  (Poirier, Lussier et al., 1999), et par les travaux menés sur l’attachement dans la perspective d’une continuité entre la maltraitance à l’enfance et les failles de l’inscription sociale à l’âge adulte au sortir des centres jeunesse (ACJQ, 2008) –, cette dimension est rarement ciblée en priorité par l’intervention. Du reste, LRDF s’appuie sur ce concept de santé relationnelle pour intervenir durablement sur la problématique de l’itinérance au féminin.
La présente recherche a pour objet l’approche d’intervention spécifique de LRDF, axée sur la dimension relationnelle de la problématique de l’itinérance au féminin. Au fil des 22 ans d’existence de l’organisme, la confrontation à une clientèle aux multiples problématiques (pauvreté, problèmes de santé mentale, victimisation et violence, toxicomanie, prostitution, historique de maltraitance et de placements, etc.) a amené la direction et l’équipe d’intervention à développer des pratiques et des outils d’intervention originaux, au cœur desquels se situe le lien. En effet, le lien social, ébranlé à répétition dans la vie de ces femmes, est aujourd’hui inhérent à toutes les interventions proposées à LRDF. Cette approche singulière serait efficace, non seulement à court terme, mais également à long terme, afin de sortir durablement les femmes de leur état d’itinérance. Mais qu’en est-il exactement des facteurs agissant au sein de cette approche? Peut-on y voir un mode d’intervention novateur, transposable à d’autres organismes? Ce rapport vise à décrire l’intervention proposée par LRDF à la population itinérante féminine de Montréal et de comprendre la spécificité de cette intervention – notamment la place et le rôle de la dimension relationnelle dans cette intervention.
ORGANISATION: GRIJA
DATE DE PUBLICATION: 2017
EMPLACEMENT: Montréal, Québec, Canada