Logements de relève et maisons d'accueil

Logements de relève et maisons d'accueil

L’hébergement de relève vise à fournir des soutiens d’urgence aux jeunes comme solution de rechange au système d’abri. On considère que le contournement des abris est important pour les personnes qui courent des risques imminents d’itinérance, en particulier les jeunes. L’offre aux jeunes d’un logement sûr et adéquat à court terme et de soutiens dans leur collectivité est considérée comme une façon de veiller à ce qu’ils ne soient pas attirés dans le style de vie des jeunes de la rue, et de les protéger de l’exploitation sexuelle et économique qui y est en général associée. L’hébergement de relève a été mis à l’essai et appliqué dans plusieurs collectivités au Royaume-Uni (parfois appelé hébergement « Time Out ») et devient de plus en plus populaire en Amérique du Nord grâce aux programmes de logements d’accueil. Il est jugé être particulièrement adapté pour les jeunes de moins de 18 ans, car il les aide à rester en contact avec leurs soutiens naturels dans leur collectivité et leur offre un temps de réflexion loin de leur famille ou un logement temporaire pendant qu’ils cherchent un autre logement, et aide à éviter qu’ils se retrouvent pris dans la culture des jeunes de la rue. Le modèle et l’approche de la prestation des services liés à l’hébergement peuvent prendre différentes formes, ils peuvent comprendre des installations de petite taille construites à cet effet (d’une certaine façon semblables à des abris), mais le plus souvent, les jeunes seront placés dans des foyers qui disposent d’une chambre libre. Dans certains cas, les hôtes sont des volontaires, dans d’autres, ils sont payés.

La création de l’hébergement de relève découle de la connaissance du fait que les jeunes deviennent parfois itinérants en raison d’un conflit familial non résolu qui peut se transformer en crise. La température monte, des mots sont prononcés sous la colère et les parents demandent au jeune de partir, ou celui-ci prend la décision de quitter le foyer. Dans ces cas (et en particulier lorsqu’il s’agit d’un conflit familial, mais qu’il n’y a pas d’antécédents de violence physique, sexuelle ou émotionnelle), un espace est nécessaire pour faire une pause, pendant laquelle les jeunes et leur famille peuvent travailler à la réparation de leur relation pour que le jeune rentre chez lui, pour offrir un logement au jeune pendant qu’on l’aide à trouver un logement à plus long terme. L’hébergement de relève est donc conçu pour fournir :

« un hébergement sûr de qualité pour une courte période pour que les jeunes et leur famille puissent faire une pause, et pour offrir un environnement positif aux deux parties pour reconstruire leur résilience émotionnelle et renégocier leur relation ».

Lorsqu’ils bénéficient d’un hébergement de relève, les jeunes reçoivent en général des vêtements de nuit et deux repas par jour. Après la première nuit, un organisme local offre aux jeunes un soutien sous la forme de gestion de cas, qui leur permet d’établir des plans qui comprennent la reprise de contact avec la famille (et une possible médiation), ainsi que l’acquisition d’aptitudes à la vie quotidienne. Pour assurer la sécurité et l’efficacité des programmes de relève qui comprennent des séjours dans des foyers privés, des procédures de recrutement et de placement solides ont été mises en place. Les familles d’accueil sont formées et soutenues, et le programme comprend une évaluation des normes de qualité.

Le projet “Time Out” de St. Basil’s à Birmingham (Royaume-Uni) utilise l’une de ses unités de logement pour fournir un endroit où dormir aux jeunes, généralement pour une période de deux semaines. Pendant ce temps, un membre du personnel leur offre dix heures de soutien par semaine, et ils participent à une médiation familiale. Une évaluation de ce programme a déterminé que 78 % des jeunes rentraient chez eux après deux semaines, ce qui est rapporté dans cette étude. Comme l’explique un gestionnaire de programme :

« Notre but est d’aider les jeunes qui ont des besoins en matière de logement de crise découlant de conflits familiaux à passer un peu de temps loin de leur foyer familial, une période de deux semaines qui leur sert à acquérir des aptitudes à la vie quotidienne et à participer à une médiation avec leurs parents ou leur aidant naturel qui est très axée sur leur retour chez eux de façon prévue et sûre. Après leur séjour de deux semaines avec nous, notre objectif final est qu’ils rentrent chez eux, mais dans le cas contraire, nous voulons nous assurer qu’ils ont bien planifié leur sortie du foyer familial. » (Marsha Blake, gestionnaire des services de prévention).

NIGHTSTOP

Depaul UK exploite 40 services Nightstop dans tout le Royaume-Uni, et travaille avec plus de 500 hôtes bénévoles. Les jeunes âgés de 16 à 25 ans peuvent rester chez un adulte ou dans une famille pendant une période de 21 jours au plus.

« Nightstop donne aux jeunes itinérants la possibilité de vivre chez un bénévole, dans son foyer, pendant que le travail de réconciliation familiale suit son cours ou que l’on recherche un autre logement. Les jeunes ont leur propre chambre, on leur donne une trousse de toilette et ils peuvent faire laver leurs vêtements si cela est nécessaire. Ils reçoivent également un souper et un petit déjeuner. On leur demande en général de quitter la propriété de l’hôte pendant la journée, l’heure du départ étant établie par les hôtes. » (tiré de la page 7 du rapport d’insley)

Depaul a réalisé une évaluation approfondie du programme Nightstop qui, en 2010, a fourni 8166 nuits d’hébergement à 2033 jeunes, dont la plupart fuyaient un conflit familial ou étaient expulsés de leur foyer. Bien qu’une grande partie des personnes qui ont participé à ce programme dormaient chez des amis la nuit précédente, 11 % d’entre eux dormaient dans la rue (absolument itinérants). Pour ce qui est des résultats en matière de logement à la suite du programme Nightstop, 21 % des jeunes sont retournés vivre avec leur famille, 36 % ont emménagé dans un logement de soutien, 14 % ont obtenu un logement privé, 11 % ont emménagé dans un logement social et 14 % ont emménagé avec un ami.

Pour obtenir de plus amples renseignements, consultez le rapport d’Emma Insley de 2011 intitulé Staying Safe: An Evaluation of Nightstop Services

En Amérique du Nord, des programmes de maisons d’accueil ont été mis en œuvre dans de nombreuses administrations. L’État du Minnesota a élaboré des programmes de maisons d’accueil dans de nombreuses régions de l’état et il convient de noter que les « villes jumelles » ont un programme ciblant les jeunes LGBTBA. Il s’agit d’un modèle particulièrement efficace dans les zones rurales, en particulier dans celles qui ne disposent pas d’abris d'urgence, parce que cela permet aux jeunes de rester dans leur collectivité. Dans la région qui entoure Brainerd, Minnesota, par exemple, les services sociaux luthériens ont recruté et formé de nombreux adultes à l’offre d’un foyer d’accueil. Lorsqu’un jeune devient itinérant, il est mis en relation avec un adulte ou une famille (à qui l’on paie une petite somme). Un travailleur auprès des jeunes se réunit en général avec le jeune et l’hôte la première nuit, pour aider le jeune à s’installer et commencer le processus d’établissement des prochaines étapes. Dans le contexte d’un conflit familial, ils négocient une période leur permettant de retrouver leur calme; bien que la famille soit prévenue le jour suivant que le jeune se trouve dans un foyer d’accueil, la situation de ce foyer n’est pas révélée. Les prochaines étapes comprennent la reprise de contact avec la famille ou les efforts pour aider le jeune à trouver un logement et des soutiens adéquats.

Au Canada, il existe un programme de foyer d’accueil destiné aux jeunes dans la région de Halton en Ontario, géré par Bridging the Gap. Comme les autres programmes de foyers d’accueil, on considère qu’il s’agit d’une solution de logement en foyer de rechange aux abris d’urgence, et un de ces programmes est en place dans chacune des collectivités de taille importante de la région (Burlington, Oakville, Milton, Georgetown et Acton). L’objectif du programme de foyer d’accueil de Bridging the Gap est d’aider les jeunes à réaliser leurs objectifs personnels tout en restant connectés à leur collectivité. L’accès au programme est possible en contactant un travailleur de Bridging the Gap. Les jeunes sont évalués et ceux qui sont approuvés pour le programme peuvent rester jusqu’à quatre mois. Ils reçoivent un endroit privé pour dormir et ont accès à une douche, à une buanderie et à des repas. Les jeunes peuvent rester à condition qu’ils acceptent de respecter les couvre-feux et de façon générale, les règles de la maison établies par le fournisseur. Les jeunes font l’objet d’une évaluation préalable en vue de déterminer s’ils souffrent de dépendance ou de troubles mentaux, et pourraient être renvoyés à des programmes d’abris adéquats si cela est jugé être une meilleure solution.

DE : Gaetz, S. (2014). Coming of Age - Reimagining the Response to Youth Homelessness in Canada. Homeless Hub Research Report Series.