Lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres, transsexuels, queers, sexualité bispirituels

Lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres, transsexuels, queers, sexualité bispirituels

Ces dernières années des recherches poussées ont été réalisées dans le domaine de l’itinérance, tant au Canada qu’à l’étranger. Un nombre important d’initiatives a été mis en œuvre en vue de mettre fin à l’itinérance des jeunes. Toutefois, au Canada, on manque de connaissances au sujet des jeunes personnes itinérantes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, transsexuelles, bispirituelles, homosexuelles ou en questionnement (LGBTTBAQ).

Nous savons que les jeunes LGBTTBAQ sont surreprésentés dans la population des jeunes itinérants. On estime qu’environ 25 à 40 % des jeunes itinérants s’identifient comme LGBTTBAQ. Toutefois, cette statistique provient d’une seule étude canadienne réalisée il y a 14 ans, et nous ne savons et ne comprenons pas clairement quel serait ce chiffre aujourd’hui ou comment commencer à évaluer le problème de l’itinérance des jeunes LGBTTBAQ à l’échelle nationale, car les services ne recueillent pas de données sur le sexe ou l’identité sexuelle des jeunes.

La dernière ronde d’évaluation des besoins de la rue de la Ville de Toronto comprenait pour la première fois une question au sujet de l’identité LGBTTBAQ. Les résultats ont confirmé que 20 % des jeunes qui avaient intégré le système d’abris s’identifiaient comme LGBTTBAQ, ce qui représente plus du double du taux pour tous les groupes d’âge. Bien que 20 % soient un taux élevé, nous avons des raisons de penser que la prévalence des jeunes itinérants LGBTTBAQ à Toronto est en réalité encore plus élevée. Par exemple, de nombreuses personnes choisissent de ne pas se déclarer homosexuelles ou transsexuels aux volontaires qui réalisent le sondage pour une variété de raisons qui découlent de questions telles que la sécurité et un grand nombre de jeunes LGBTTBAQ n’ont pas eu l’occasion de participer au sondage parce qu’ils font partie de la population d’itinérants cachés de Toronto et n’accèdent pas aux services de soutien, également pour des raisons liées à l’homophobie et à la transphobie dans le système d’abris et les programmes de jour.

Nous savons également que les jeunes LGBTTBAQ courent plus de risques de devenir itinérants en raison de l’homophobie et de la transphobie dans leur foyer, et qu’ils font souvent face à une discrimination au sein du système d’abris. Les jeunes homosexuels et transsexuels migrent souvent vers Toronto en raison de sa réputation de ville favorable aux personnes LGBTTBAQ et parce que les fournisseurs de services situés en dehors de la ville hésitent souvent à admettre les jeunes LGBTTBAQ dans les abris, et finissent par les envoyer à Toronto en leur promettant que des soutiens seront accessibles, ce qui est faux. Toutefois, une proportion élevée de jeunes homosexuels et transsexuels se sentent plus en sécurité dans les rues que dans les abris en raison des violences liées à l’homophobie et à la transphobie qui survient dans le système d’abris et parce que les fournisseurs de services ne sont pas pleinement préparés à répondre à l’homophobie et à la transphobie.

Bien que nous ayons connaissance de ce problème, le soutien accessible reste minimal et il n’existe AUCUNE initiative de logement spécialisée qui réponde aux besoins des jeunes LGBTTBAQ au Canada.

Malgré la légalisation des mariages entre personnes de même sexe et différentes initiatives qui soutiennent l’équité relativement aux personnes LGBTTBAQ, l’homophobie et la transphobie restent profondément ancrées dans nos comportements quotidiens, notre vocabulaire et dans les politiques de nombreux établissements, notamment le système d’abris. Toutefois, ces attitudes sont souvent normalisées et invisibles dans ces contextes. En raison du manque de connaissances et de rapports d’incidents, la discrimination envers les personnes homosexuelles et transsexuelles reste largement invisible pour les employés et la direction des abris, les décideurs et la direction de la Ville de Toronto, à un moment où l’itinérance des jeunes LGBTTBAQ augmente.

Les risques auxquels les jeunes itinérants LGBTTBAQ dans la rue et dans les abris par rapport à ceux des jeunes itinérants hétérosexuels et cisgenres diffèrent grandement en raison de fréquents incidents de violence liée à l’homophobie et à la transphobie. Non seulement les risques et les obstacles auxquels ils font face sont différents, mais les besoins de jeunes LGBTTBAQ diffèrent également de ceux des jeunes hétérosexuels et cisgenres. Par exemple, les difficultés liées à la révélation de leur identité sexuelle, les tentatives d’établir leur genre et leur identité sexuelle et le fardeau du stigma social et de la discrimination, ainsi que les stresses quotidiens associés à la vie dans la rue ont une incidence importante sur le bien-être des jeunes itinérants LGBTTBAQ, qui pourrait contribuer à augmenter nettement le risque de suicide et de troubles de la santé mentale chez les jeunes LGBTTBAQ.

REMARQUE : Bien que très peu de recherches canadiennes traitent de l’itinérance chez les personnes LGBTTBAQ, la majorité des recherches réalisées dans ce domaine est axée sur les jeunes. Plusieurs raisons expliquent ce fait, notamment le pourcentage élevé de jeunes qui ont déclaré leur homosexualité par rapport à la population adulte, les besoins particuliers des jeunes comparés à ceux des adultes et le fait que le rejet de la famille soit un facteur qui contribue grandement à l’itinérance chez les jeunes LGBTTBAQ. Toutefois, étant donné que l’itinérance des jeunes engendre souvent l’itinérance à l’âge adulte, nous devons également répondre à des difficultés semblables chez les adultes seuls, les couples et les familles.

AUTEUR : I. Alex Abramovich (2014) Homeless Hub.