Planification des sorties - Santé et Santé mentale

Planification des sorties - Santé et Santé mentale

Les personnes qui travaillent dans le secteur de l’itinérance sont bien au fait que les personnes sortent souvent des hôpitaux et des installations de santé mentale pour se retrouver en situation d’itinérance. Cela a deux conséquences principales. Tout d’abord, il est probable que la santé mentale et le bien-être de ces personnes s’aggravent si elles sortent dans une situation d’itinérance et non pour emménager dans un logement, et deuxièmement, le personnel des abris d’urgence et des programmes de jour ne sont pas bien équipés pour fournir des soutiens nécessaires et adéquats aux personnes dans de telles situations.

Cheryl Forchuk est une chercheuse émérite dans le domaine du passage d’établissements psychiatriques à l’itinérance, qui travaille à la compréhension des conséquences pour les personnes qui se trouvent dans cette situation et à l’établissement de modèles d’intervention efficaces grâce aux logements et aux soutiens.

Selon Forchuk, les abris d’urgence – même s’il s’agit d’abris bien gérés –« ne sont pas des endroits adaptés à la guérison d’une maladie mentale ». Nombre des problèmes que l’on associe aux abris, absence d’espace privé, taux résident/personnel faible, exposition aux drogues et au commerce du sexe, menace réelle ou perçue pour la sécurité, contact avec des personnes malades ou atteintes de troubles mentaux, et dans certains cas, surpeuplement, peuvent stimuler les problèmes des survivants psychiatriques. Malheureusement, cela se produit trop souvent. Dans leur étude des personnes sorties d’unités psychiatriques à London, une ville canadienne de taille moyenne, ils ont établi que 167 personnes sur 1588 (10,5 %) sortaient chaque année sans adresse fixe. Les données des abris d’urgence locaux montrent que ce nombre pourrait être encore plus élevé, 194. Des facteurs structurels pourraient contribuer à cette situation, notamment une tendance aux séjours plus courts dans les hôpitaux à titre de malade hospitalisé, et une réduction importante de la disponibilité du logement dans la plupart des villes canadiennes.

Des recherches réalisées au Canada et aux États-Unis suggèrent que des réformes et des interventions nécessaires peuvent réduire grandement le risque d’itinérance pour les personnes qui quittent les unités de santé mentale, et engendrer une amélioration de la santé mentale et du bien-être. Un essai du contrôle randomisé réalisé par Herman et ses collègues à partir de 2011 démontre que les interventions dans les moments importants réalisées à la sortie sont conçues pour :

« prévenir la récurrence de l’itinérance et d’autres conséquences négatives à la suite de la sortie de deux façons : en renforçant les liens à long terme des personnes avec les services, la famille et les amis; et en fournissant un soutien émotionnel et pratique pendant un moment important de transition. Un aspect essentiel des interventions dans les moments importants est que les services après la sortie soient fournis par un travailleur qui a établi un lien avec le client après sa sortie. »

Dans un projet pilote réalisé à London en Ontario, les patients courant des risques de sortir « sans adresse fixe » ont bénéficié d’une intervention opportune. Celle-ci comprenait ce qui suit :

  1. Une évaluation des besoins des clients et une réponse immédiate à ceux-ci (on peut affirmer que l’établissement du risque d’itinérance doit être réalisé tôt, au moment de l’admission).
  2. La planification d’objectifs et la défense en vue de la coordination des soutiens.
  3. L’aide en vue de l’obtention d’un logement abordable.
  4. La simplification du processus (ce qui comprend le placement accéléré) afin que les personnes puissent recevoir une aide du gouvernement pour le paiement du premier et du dernier mois de loyer.

Les résultats de cette étude et d’autres démontrent clairement qu’un soutien ciblé et relativement bref a une incidence importante et durable sur le risque de devenir itinérant chez les personnes qui quittent les unités de santé mentale.

En Alberta, la province met également à l’essai des politiques et des protocoles semblables visant à réduire la probabilité que les personnes quittent les établissements de santé mentale et deviennent itinérantes. Ce travail prouve qu’il est possible de mettre en œuvre plus d’interventions efficaces qui peuvent contribuer à l’établissement de réponses ingénieuses, respectueuses et efficaces à l’itinérance et aux besoins des survivants en matière de santé mentale.

De : Gaetz, S. (2014). Coming of Age - Reimagining the Response to Youth Homelessness in Canada. Homeless Hub Research Report Series.