Transition des services de protection de l'enfance

Transition des services de protection de l'enfance

Les recherches soulignent constamment le pourcentage élevé de jeunes itinérants qui ont eu à faire d’une façon ou d’une autre avec les services de protection de l’enfance, y compris le placement en famille d’accueil, les placements en foyers collectifs ou dans des centres de détention pour jeunes. Par exemple, dans trois études différentes, le pourcentage de jeunes itinérants qui ont déclaré avoir vécu dans des familles d’accueil ou des foyers collectifs allait de 41 à 43 %. C’est l’expérience des services de protection de l’enfance et la transition de ceux-ci à l’indépendance qui cause nombre de ces problèmes. Certains jeunes choisissent de partir en raison de mauvaises expériences ou d’un soutien inadapté dans les maisons collectives ou les familles d’accueil. D’autres jeunes deviennent simplement « trop âgés »* pour le système de placement en famille d’accueil et doivent se débrouiller tout seuls, sans les ressources nécessaires, et sans avoir été préparés à vivre de façon autonome à un si jeune âge.

La sortie difficile de certains services engendre souvent toute une gamme de résultats négatifs, tels que l’itinérance, le chômage, la non-participation ou l’échec des études, des problèmes correctionnels, un manque de compétences et potentiellement, une vie de pauvreté. Nombre de jeunes qui sortent de services d’accueil n’arrivent pas à réaliser cette transition à une vie indépendante, en raison d’un manque de développement des compétences de vie, d’une éducation inadéquate, de niveaux faibles de bien-être physique et émotionnel et du manque des soutiens et des ressources sur lesquels peuvent compter la plupart des jeunes qui passent à la vie adulte.

Il faut également noter que dans de nombreuses administrations, les lois sur la protection de l’enfance n’ont pas suivi l’évolution sociale et économique, ce qui fait qu’il est encore plus difficile pour les jeunes de vivre de façon autonome à un jeune âge. Comme indiqué dans la Section 2, plus de 40 % des jeunes Canadiens (entre 20 et 29 ans) vivent avec leurs parents en raison du coût élevé des logements, des mauvaises perspectives du marché du travail et de la nécessité d’acquérir des qualifications scolaires supplémentaires. Les services de protection de l’enfance qui retire leur soutien aux jeunes à l’âge de 18 ou même 21 ans laissent les jeunes en danger et leur font courir le risque de devenir itinérant.

Les différents pays ont traité ces problèmes de différentes façons. Le gouvernement américain a appliqué le Independent Living Program en 1986 et le Title I of the Foster Care Independence Act de 1999. Ces programmes sont conçus pour aider les jeunes plus âgés qui quittent les foyers d’accueil à acquérir les compétences et les habitudes de vie nécessaires pour vivre de façon autonome. Les états doivent financer des services de suivi destinés aux jeunes qui sont devenus trop âgés pour vivre en foyer et jusqu’à 30 % de ces fonds sont consacrés aux logements de soutien. Ces lois ont été une grande réussite et ont abouti à la mise en œuvre de programmes de vie autonome dans tout le pays. En outre, la American Bar Association a également produit des exemples de lois sur les réformes modèles de la protection de l’enfance qui peuvent être adaptées à l’échelon des états.

Le Royaume-Uni a également tenté de répondre au problème de la sortie des enfants et des jeunes des foyers menant à l’itinérance au moyen de lois et de réformes clés des services de protection de l’enfance. À la suite d’un examen approfondi, les services de protection de l’enfance ont été chargés de fournir un soutien aux jeunes jusqu’à l’âge de 18 ans, et dans certains cas jusqu’à 21 ans, afin de soutenir une sortie sans heurt des services de protection de l’enfance. L’un des éléments clés des lois était la Children (Leaving Care) Act de 2000, qui a été renforcée davantage par la Homelessness Act de 2002 et la Children’s Act de 2004, qui donnent la priorité à la nécessité des services et du soutien aux jeunes qui sortent du système de services de protection de l’enfance. La Children (Leaving Care) Act rend les administrations locales directement responsables des jeunes âgés de 16 ans et plus (jusqu’à 18 ans) qui sont sortis des services de protection de l’enfance. Les trois soutiens clés étaient les suivants : 1) avantages – les jeunes qui vivent de façon indépendante ont droit à des compléments de revenu; 2) évaluation – à réaliser lorsque le jeune atteint 16 ans, pour les accompagner dans le processus de transition; 3) planification – les jeunes sont jumelés avec un conseiller personnel, qui les aide à établir un « plan de cheminement » allant jusqu’au 21e anniversaire du jeune (devant être examiné par le jeune au moins tous les six mois). Dans son commentaire de la loi dans le contexte d’un examen international des pratiques exemplaires, Reid suggère que :

« Cette loi est efficace, car elle traite les problèmes principaux liés à la sortie des jeunes des services tels que le logement, l’éducation et l’emploi, les finances et le soutien social grâce à des approches souples de la mobilisation des jeunes dans le cadre des processus décisionnels. Cette loi exige également que les organismes collaborent pour répondre aux besoins des jeunes ».

En Australie, la loi sur la protection de l’enfance et les politiques et pratiques connexes relèvent des services communautaires de chaque état et territoire. Différentes administrations disposent de différents programmes, et certains sont soutenus au niveau national. Les jeunes risquant de sortir des services, soit parce qu’ils deviennent « trop âgés », soit en raison de problèmes liés à leur expérience des services, reçoivent une forme plus intensive de soutien, que l’on nomme souvent le programme de « locataire principal ». Ce modèle intègre des éléments de traitement de foyers d’accueil, pour lesquels des personnes spécialement formées sont recrutées (et reçoivent une rémunération plus élevée) pour fournir un soutien intensif en vue du placement et des services généraux. Les jeunes peuvent participer au programme pour une durée de 12 à 24 mois. Enfin, la Transition to Independent Living Allowance est un programme national qui fournit 1000 $ de soutien par mois pendant une année supplémentaire aux jeunes particulièrement vulnérables qui sortent des services de protection de l’enfance.

Au Canada, la protection de l’enfance relève de la responsabilité provinciale, et fait l’objet de lois et de pratiques qui varient selon les provinces. En effet, de nombreuses provinces mettent continuellement à jour leurs lois. Le Plan directeur visant un changement fondamental du système de bien-être de l’enfance de l’Ontario décrit un certain nombre de recommandations d’anciennes pupilles de la Couronne en vue de la mise à jour des lois provinciales. Irwin Elman, directeur du Bureau de l'intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes, affirme que des réformes efficaces, y compris le fait de prolonger jusqu’à 25 ans l’âge de réception des services de protection de l’enfance, coûteraient environ 26 millions de dollars, mais permettraient de réaliser 132 millions de dollars d’économies en 40 ans.  

Réforme de la protection de l’enfance

Une réponse efficace à l’itinérance chez les jeunes doit nécessairement intégrer des réformes des lois et des services de protection de l’enfance. Après examen des faits connus liés à la protection de l’enfance à l'échelle internationale et à la lumière des recommandations de l’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes, on a proposé l’inclusion des éléments ci-dessous dans des réformes efficaces.

Les lois et les politiques sur la protection de l’enfance doivent :

  • Augmenter l’âge auquel les jeunes ont droit à des services et à un soutien à au moins 21 ans ou, s’ils font des études, à 25 ans.
  • Permettre aux jeunes d’accéder aux services de protection de l’enfance jusqu’à l’âge de 18 ans.
  • Permettre aux jeunes qui sortent de foyers d’y retourner, s’ils le désirent.
  • Veiller à ce que les jeunes aient accès à des fonds d’études postsecondaires après l’âge de 18 ans et connaissent leur existence.
  • Fournir des fonds de transition pour aider les jeunes qui sont sortis de foyers à obtenir un logement stable.

Les services de protection de l’enfance doivent :

  • Veiller à ce que tous les plans de transition soient coordonnés et intégrés, et à ce que les renseignements soient échangés avec les parents (le cas échéant) et entre les secteurs.
  • Aider activement les jeunes à trouver un logement abordable.
  • Assurer une coordination avec les systèmes d’éducation publique pour faciliter une mobilisation accrue des étudiants.
  • Fournir des choix aux jeunes et les faire participer activement au processus de transition, afin de promouvoir et de soutenir l’autonomie sociale.
  • Fournir des solutions de rechange claires en dehors du système pour les jeunes qui choisissent de sortir des foyers en raison de problèmes rencontrés dans les familles d’accueil ou les maisons collectives. Ces solutions de rechange doivent absolument comprendre l’accès à un logement et à des soutiens.

DE : Gaetz, S. (2014). Coming of Age - Reimagining the Response to Youth Homelessness in Canada. Homeless Hub Research Report Series.

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* Au Canada, les lois sur la protection de l’enfance relèvent des provinces, et il existe des différences juridictionnelles importantes, ce qui signifie que l’âge réel jusqu’auquel l’État demeure responsable des jeunes placés en foyers varie d’une province à l’autre. En Ontario, par exemple, les jeunes deviennent « trop vieux » à 18 ans, mais peuvent également sortir des foyers à 16 ans.