Réduction des méfaits

Réduction des méfaits

Pour de nombreuses personnes qui deviennent itinérantes (bien que pas toutes), l’usage de différentes substances légales (alcool et cigarettes) et illégales est commun. Dans certains cas, l’usage de substances peut être hautement problématique et peut entraîner la dépendance. Il faut noter que bien que les dépendances puissent parfois être une cause d’itinérance, pour de nombreuses personnes, l’usage de substance est une réponse au stress et aux traumatismes de l’itinérance et de la vie dans la rue.

La réduction des méfaits est une approche ou une stratégie visant à réduire les risques et les effets négatifs associés à l’usage de substances et aux comportements engendrant une dépendance pour la personne, la collectivité et la société en général. Elle est jugée être une approche réaliste, pragmatique, humaine et efficace des problèmes liés à l’usage de substances. Parce qu’il est reconnu que l’abstinence pourrait n’être ni réaliste, ni souhaitable pour certains usagers (en particulier sur le court terme), l’usage de substances est accepté comme fait et l’accent est mis principalement sur la réduction des méfaits causés pendant que l’usage se poursuit. Pourquoi la réduction des méfaits et pas uniquement l’abstinence? Il est essentiel de reconnaître que pour beaucoup de personnes, l’usage de substances n’est pas nécessairement négatif. Pour d’autres, les dépendances peuvent être handicapantes et peuvent miner les relations, la santé et la survie. Toutefois, un grand nombre de recherches réalisées au sujet de la dépendance indique que lorsque l’on place des personnes qui ne souhaitent PAS arrêter ou qui commencent tout juste à envisager de le faire sous traitement, on obtient un taux de réussite très faible. Différentes personnes exigent différents soutiens et solutions. La clé est ici de travailler avec les personnes là où elles en sont, et de leur donner des choix.

Ce type d’intervention vise à guérir la personne en général. Au lieu de ne traiter que l’usage de substances, les interventions de traitement doivent également régler d’autres problèmes qui pourraient avoir engendré l’usage de substances ou avoir découlé de celui-ci. Lorsque l’on considère le traitement de l’usage de substances et les dépendances, il est également essentiel de tenir compte des facteurs structurels plus larges qui sous-tendent et produisent les méfaits. Par exemple, il est inutile de forcer une personne itinérante à suivre un traitement si les facteurs qui contribuent à leur dépendance, leur itinérance et leur pauvreté, ne sont pas éliminés. Le projet Chez soi/At Home (Logement d’abord) nous a appris que si on loge des personnes en situation d’itinérance chronique et qui ont des difficultés complexes, leurs problèmes de dépendance diminuent souvent.

En outre, même si l’application de la loi est compréhensible lorsqu’un crime menace la sécurité d’une personne ou d’une collectivité, nous devons remettre en question l’usage plus vaste de l’application de la loi à titre de réponse à l’abus de substances. On peut invoquer le fait que l’approche de la « guerre contre la drogue » est en réalité nocive, car un grand nombre de personnes sont inutilement incarcérées pour simple possession de substances illicites. Cela constitue une réponse coûteuse qui a une incidence négative sur les personnes, les familles et les collectivités.

Pour certains, la réduction des méfaits demeure controversée, car ils pensent que cela consiste à « donner des drogues aux personnes », ou est vu comme le refus de l’abstinence comme solution. Ces vues sont influencées par une mauvaise compréhension du concept, et par un débat hautement polarisé et moralisé au sujet de l’usage de substances dans notre société. La clarification de la signification de la réduction des méfaits est donc essentielle. Par exemple, la réduction des méfaits n’est pas opposée à la notion d’abstinence et de traitement, mais plutôt à une philosophie qui considère que l’abstinence est la seule possibilité (dans laquelle les personnes n’ont PAS le choix). Étant donné que la réduction des méfaits est une question de choix, certaines personnes pourraient choisir de ne pas arrêter et d’autres pourraient choisir le traitement et l’abstinence. De même, l’approche de la réduction des méfaits de l’usage de substances par une personne sur le court terme n’exclut pas l’abstinence sur le long terme. Les approches de la réduction des méfaits sont souvent la première étape vers une cessation possible de l’usage de substances et de nombreux participants pourraient finir par rechercher des possibilités de traitement ou l’abstinence.

Il existe une vaste gamme de pratiques qui tombent dans la catégorie de la réduction des méfaits. Celles-ci peuvent comprendre les programmes de distribution de matériel sur place et mobiles (par exemple des changements d’aiguilles, des trousses pour l’utilisation sécuritaire du crack, des fournitures pour la pratique sécuritaire du sexe, des contenants pour objets contaminés, etc.) visant à réduire les blessures et la propagation des maladies. Elle peut également inclure des sites d’injection et de consommation sécuritaires, la prévention des surdoses et le traitement. La communication de renseignements simples, tels que la quantité d’alcool dans une portion de vin, de bière et de spiritueux, peut aider les personnes à décider de ce qu’elles vont boire et en quelle quantité. Les entrevues motivationnelles, une technique de consultation particulière, peut soutenir le changement par petites étapes, sur le long terme. À un niveau plus fondamental, les personnes peuvent avoir besoin d’entendre que leur vie est importante et qu’il faut donc qu’elles utilisent des aiguilles propres et des pratiques sécuritaires. D’autres personnes pourraient avoir des besoins de sécurité de base, tels qu’un logement sûr et une alimentation, avant de pouvoir envisager d’autres changements. Les preuves suggèrent que les besoins en matière de traitement doivent être personnalisés et ancrés dans les circonstances de la vie réelle et la situation de l’utilisateur de substances.

Programmes de réduction des méfaits

Plusieurs composantes clés des programmes de réduction des méfaits ont été cernées par Shout Clinic à Toronto, et comprennent ce qui suit :
Programmes de distribution de la réduction des méfaits sur le terrain et mobile (par exemple les échanges d’aiguilles).

  • Accès à du matériel plus sécuritaire pour l’usage de drogues (p. ex. le matériel d’injection), des fournitures permettant des pratiques sexuelles sûres, des fournitures d’art corporel (par exemple des contenants pour objets contaminés pour l’élimination du matériel usagé).

Sites d’injection et de consommation sécuritaires

Prévention et traitement des surdoses (p. ex. traitement au Naloxone).
Traitement d’entretien à la méthadone et substitution de drogues et autres modèles de programmes de traitement.
Information, éducation, consultation et promotion de la santé visant à entretenir et à améliorer la santé et le bien-être, et prévention des méfaits liés à l’usage de substances.
Programmes entre pairs, groupes de soutien et groupes pour les utilisateurs de substances.
Offre de services médicaux et de santé mentale.
Accès aux besoins de base, tels que la nourriture, les vêtements, l’eau potable et un abri/logement.

  • Renvoi à des abris, à des logements, à des soins de santé, à des services de consultation, à des centres de désintoxication et de traitement de la toxicomanie, à des services d’orientation et à d’autres services et programmes.

L’inclusion des personnes qui consomment des substances dans la conception et la planification des programmes, les stratégies et politiques de réduction des méfaits, et les réformes des lois relatives aux drogues.
Défense, élaboration de politiques et réforme des lois.

Il existe des preuves considérables de l’efficacité de la réduction des méfaits. On accepte également de plus en plus la réduction des méfaits comme un outil et une stratégie importants pour travailler avec les personnes itinérantes (ou qui risquent de le devenir) qui ont des problèmes de dépendance. De plus, de nombreuses collectivités canadiennes, telles que Toronto et Vancouver, ont joué un rôle de leader pour ce qui est de la pratique de la réduction des méfaits.

Le programme Insite à Vancouver est peut-être l’un des programmes de réduction des méfaits les plus connus dans le pays. Bien que ces programmes soient courants dans de nombreux pays européens, Insite est le premier site d’injection supervisé en Amérique du Nord. Il s’agit d’un endroit jugé sûr et axé sur la santé où les personnes peuvent s’injecter des drogues, tout en communiquant avec les services de soins de santé, les services de counselling en matière de dépendance et de traitement, les services d’aide au logement et les services communautaires. Les preuves de l’efficacité des sites d’injection supervisés tels qu’Insite sont assez frappantes. Des études ont conclu qu’INSITE ne favorise pas et n’engendre pas l’augmentation de la consommation ou du crime, mais permet de réduire les comportements comptant un risque de contracter le VIH, améliore l’ordre public et amène de nombreux participants à suivre un traitement contre la dépendance.

Les politiques et la pratique doivent découler de preuves solides. De nombreuses collectivités au Canada ont joué un rôle de leader par rapport à la réduction des méfaits. Toutefois, notre manque de compréhension, nos peurs et nos préjugés empêchent souvent l’adoption de ces mesures à une plus grande échelle.

DE : Gaetz, S. (2014). Coming of Age - Reimagining the Response to Youth Homelessness in Canada. Homeless Hub Research Report Series.

Voir l’autre section sur la réduction des méfaits pour obtenir de plus amples renseignements.